Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…
Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « L’Ordre de l’Obsidienne », tome 1 de la série « Les Secrets du Vice », écrit par Morgan Bridges et édité chez Roncière !

« Ma cible avance d’un pas menaçant et je bondis sur mes pieds. Bien qu’on m’ait simplement demandé de surveiller le bâtard de feu Harold McKenzie, je suis certain que les familles fondatrices n’ont pas envie de le voir mourir. Et je ne le permettrai pas. S’il meurt, je signe mon propre arrêt de mort. Je rabats la capuche de mon sweat sur mon visage pour l’assombrir et cours vers les marches branlantes qui mènent à l’entrée arrière, avant de traverser la rue pour rejoindre la maison que je surveille depuis des jours. La semelle de mes bottes bat le pavé avant d’être assourdie par les herbes hautes du jardin. Les différents scénarios se bousculent dans ma tête et aucun d’eux n’est idéal, il me faut empêcher cette confrontation. L’arme à feu glissée sous la ceinture de mon pantalon apaise les battements erratiques de mon cœur. Toutefois, je dois rester furtif. Un coup de feu ne surprendrait personne dans ce quartier misérable de la ville, mais quand même. Je tends la main vers le couteau planqué dans ma chaussure et referme les doigts autour du manche. La facilité avec laquelle j’esquisse ce geste atteste des terreurs qui me hantent encore aujourd’hui. Mais ce soir, le cauchemar, ce sera moi. Un rugissement d’homme retentit, suivi d’un bruit sourd. Je m’élance vers la porte arrière qui débouche sur la cuisine. À travers la fenêtre, j’étudie la situation qui pourrait m’apporter une montagne d’emmerdes auprès de l’Ordre, et surtout, auprès de mon père. Frank a cloué Benjamin au réfrigérateur. La violence de chaque coup de poing qu’il lui assène fait cliqueter les bouteilles à l’intérieur. Ma cible parvient à lui porter un coup chargé, mais ça ne suffit pas. Si je n’interviens pas, il sera mort dans quelques minutes. J’attrape la poignée lorsqu’une mèche blonde s’impose dans mon champ de vision. Delilah déboule dans la cuisine, ses cheveux lui fouettant le dos et ses yeux de jade striés d’un éclair de rage. D’un geste fluide, elle s’empare d’un couteau de cuisine sur le comptoir qu’elle enfonce dans le dos de Frank. Il pousse un cri digne d’un ours blessé, la tête jetée en arrière. La jeune femme retire la lame de ses chairs et, dans un grognement, le plante de nouveau. Sa beauté sauvage me désarçonne. Mes lèvres s’entrouvrent alors que j’inspire sans prêter la moindre attention aux hurlements de douleur de l’homme ni aux avertissements que Benjamin transmet entre deux respirations laborieuses. Delilah file s’interposer entre les deux hommes, prenant une posture défensive face à son père d’accueil. Une pluie carmin s’égoutte sur le sol alors qu’un ruisseau de sang coule sur son avant-bras, peignant sa peau de la couleur de la violence. Putain, elle est magnifique. Dans la Bible, Delilah trahit l’homme qu’elle est censée aimer. Cette fille, comme toutes les autres femmes que j’ai connues dans ma vie, devrait faire honneur à son prénom. Pourtant, elle déroge à la règle. J’avais tort. Elle représente bel et bien une menace. Et pas seulement pour Benjamin. Si c’est pour elle que ma cible se démène tel un animal pris au piège prêt à se laisser mourir, alors je le comprends. Pire, je l’envie. Tellement. Le désir surgit en moi, si soudain et intense que je chancelle et relâche légèrement le manche de mon couteau. Delilah est une anomalie, un genre de femme qui m’était inconnu jusque maintenant. Elle est prête à se mettre en danger pour autrui, au risque de mourir. Cette loyauté, aussi profonde qu’inébranlable…Je veux connaître ça. J’en ai besoin. J’ai besoin d’elle. Je me fous du symbolisme de son prénom, Delilah est mienne. »
À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !