Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…
Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Nord », tome 1 de la série « La Marche du Monde », écrit par Lou Lubie et édité chez Scrineo !

« J’étais seule au milieu d’une plaine immaculée, recouverte par une couche de neige scintillante, lorsqu’une main venue de l’extérieur de mon rêve se posa sur mon épaule. Il me fallut quelques secondes confuses pour démêler le sommeil de la réalité. La main insista, me secoua doucement, et je réussis à émerger. Une silhouette sombre était penchée sur moi. Il était si tôt que la lumière du jour ne filtrait pas encore au travers des volets. Je me redressai sur mon lit et frottai mon visage engourdi, pendant que mon frère ouvrait la fenêtre. En ce début d’été, la température était agréable, un ciel matinal encore tendre, entre l’orange et le rosé, se peignit par l’encadrement. Lui était déjà prêt. Il était vêtu d’une chemise blanche bouffante, légère pour l’été, et d’un pantalon large de la même couleur. Les surpiqûres et les broderies au fil d’or en relevaient le col et les manches avec élégance. Blanc et or, les couleurs des marchands. J’aurais tellement aimé pouvoir porter leurs couleurs, moi aussi, mais évidemment, rien de tel dans la garde-robe d’une jeune fille. Pendant qu’Alion quittait ma chambre d’un pas pesant, à dix-sept ans seulement, il avait déjà une carrure d’adulte, plutôt grand format, je sautai du lit. La première chose à faire, comme chaque jour, était de vider ma fiole de remède. D’un geste habitué, j’en versai dans mon pot de chambre l’équivalent de la gorgée que j’étais censée boire. Cette saleté n’avait strictement aucun effet sur moi, à part celui de me laisser l’esprit embrumé une bonne partie de la journée. Puis, mon méfait accompli, je m’habillai en vitesse. Une chemise ample, par-dessus laquelle j’enfilai une robe droite et sans manches, ceinte par une large bande de tissu brodé. La maison était encore plongée dans la fin de nuit lorsque je descendis l’escalier d’un pas prudent. Au moment où j’allais atteindre la porte d’entrée, mon estomac émit un grognement pour réclamer un petit déjeuner. J’obliquai donc en direction de la cuisine pour y attraper un ou deux abricots. Je vis trop tard la lumière d’une lanterne éclairer la pièce. La voix de ma mère me figea sur place. Lèvres pincées, elle leva sa lanterne pour éclairer mon visage coupable. Je regrettai amèrement d’avoir fait ce détour. Si j’avais filé directement dehors… »
À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !