Premières lignes (175)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « La Reine des Brisants », écrit par C.S.E Cooney et édité chez Argyll !

« Elliot Howell embrassa du regard la foule scintillante qui s’amassait en contrebas dans la salle à manger et laissa échapper un soupir. C’était le premier soir d’un séjour qui en compterait trois au manoir des Brisants, il portait sa seule tenue de soirée acceptable, un smoking en velours bleu, le clou de sa garde-robe, ce qui ne suffisait pas à lui donner bonne allure. Sa chevelure blonde et indisciplinée avait besoin d’un coup de ciseaux, les genoux de son pantalon étaient élimés et malhabilement reprisés, ce qui ne passait pas inaperçu. Et Charles Mallister, Chaz pour les intimes, le bousculait déjà, taquin, dans l’escalier. Ajoutant à cela un de ses clins d’œil qui n’échouaient jamais à inclure Elliot dans un flirt en fin de compte assez plaisant même s’il n’était pas à son initiative, Chaz le dépassa et finit de descendre les marches avec fracas. Ses escarpins de cuir satiné blanc claquaient sur le marbre rosé, de vrais coups de pistolet. L’un des pans de sa lavallière en soie, pois jaunes sur fond abricot vif, lui flottait par-dessus l’épaule, comme s’il avait voulu prendre son envol et atterrir mollement sur le parquet de la grande salle, où l’aurait ramassé quelque chevalier errant en quête d’une faveur. Hélas ! Une épingle à cravate grosse comme un œil de crocodile liait fermement sa destinée à celle de son propriétaire. Descendant l’escalier du pas d’un collégien en route pour une interrogation écrite, Gideon rejoignit son ami sur le palier, entre deux étages et deux eaux. Ils y restèrent un moment, penchés vers la salle. Il y avait trois niveaux aux Brisants, sans compter la cave et les combles. Dès leur arrivée, le matin même, Gideon s’était accaparé un obscur recoin du second étage pour en faire son atelier, aucun indiscret n’irait y fourrer son nez dans la journée. Elliot, pour tenter de finir le portrait qu’on lui avait commandé, avait besoin de dresser son chevalet dans la loggia du bas, qui donnait sur la mer, c’était, de toute façon, le lieu qui avait sa préférence. Un rapide passage en revue de Gideon le rassura sur un point, il ne serait pas l’invité le plus débraillé de la soirée. Gideon, son visage d’ascète n’exprimant que frustration, finissait d’enfiler malhabilement une redingote usée jusqu’à la corde dont la doublure de soie vieillie se fendait avec force crissements. C’était, songea Elliot, le fantôme du premier propriétaire que ces lambeaux de soie, et chaque fois qu’on les déchirait, le spectre, de plus en plus mutilé, gémissait sous la torture. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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