Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…
Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Même les Failles laissent passer la Lumière », écrit par Célia Samba et édité chez Albin Michel !

« Le silence m’assourdit. Réponds, maman. Les secondes passent, blanches. Dis quelque chose. Mes mains tremblent, incontrôlables. S’il te plaît. Le filet de voix de ma mère me parvient à travers la fine cloison qui sert de mur. J’attends qu’elle réagisse, proteste, ou au moins le tempère, sans grand espoir, elle ne contredit jamais mon beau-père. Les pas traversent le salon, le couloir, s’arrêtent sur le seuil, bruit de clés, la porte d’entrée s’ouvre, se ferme. Silence. Une larme roule entre ma joue et la peinture écaillée. Je me laisse glisser le long du mur et me recroqueville. J’ai l’impression qu’une massue a écrasé mon crâne et réduit mon cœur en miettes du même coup. Dans un mois, je serai à la rue. J’inspire profondément, mais l’air refuse d’entrer dans mes poumons. Il le pense pas, Clem. C’est juste une expression. Je me raccroche à cette idée, comme une désespérée. Je me concentre sur elle, jusqu’à me convaincre que ce n’étaient que des paroles en l’air. Franck ne ferait jamais ça. Et maman ne serait jamais d’accord. C’est pour de faux. Sauf que le doute se faufile entre mes certitudes. Les remarques de Franck à longueur de journée, les sous-entendus insistants de maman pour que je me trouve une occupation…Une branleuse. Je me relève avec difficulté et me traîne jusqu’à mon lit. Le casque posé sur la table de nuit couvre bientôt mes oreilles. Je lance au hasard un morceau sur mon portable. Ce sera Orelsan. Il n’y a que ses titres sur mon téléphone. J’attends…Pas grand-chose de spécial. Les jours passent et se ressemblent un peu. Franck a raison. Je suis bonne à rien. Tout le temps la tête dans les étoiles. Des tonnes de personnes défilent sous mes yeux. J’ai toujours été nulle en cours. J’ai raté mon brevet. Mon premier CAP. J’ai lâché le deuxième avant de me planter encore. Pourtant j’me sens si seul, hé, hé, hé, hé. Et maintenant ? Je tente de noyer mes pensées dans la musique. Le rap m’a toujours parlé. Comme si les mots des autres pouvaient exprimer mes maux, et me les faire oublier, à défaut de m’en délivrer. Je n’entends pas maman entrer. Elle s’assied sur le lit, à côté de moi. Ses traits tirés et son teint pâle me font de la peine, mais je ne peux pas m’empêcher de lui en vouloir de ne pas m’avoir défendue. Depuis quand laisse-t-on son compagnon jeter dehors son propre enfant ? »
À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !