Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…
Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Rendez-vous l’Été Prochain », écrit par Annabel Monaghan et édité chez De Saxus !

« Une fois dans le tunnel, il est impossible de revenir en arrière. Plus de demi-tour ou de sortie à l’horizon. On se retrouve bel et bien coincé sous l’East River. Je trouvais ça palpitant quand j’étais enfant. Prochain arrêt, Long Island. Dès que j’apercevais un premier rayon lumineux, à l’autre bout, je sentais la ville disparaître derrière moi. Aussitôt, j’entrouvrais la fenêtre, plantais une paille dans ma brique de jus de fruits, me débarrassais de mes chaussures et étendais les jambes sur la banquette arrière. Maintenant que je suis adulte, le tunnel entre le Queens et Manhattan me donne la sensation d’être prise au piège. La circulation ralentit jusqu’à s’arrêter complètement tandis que nous nous engageons sur l’autoroute direction Long Island. Le maximum que je puisse supporter, sur place, c’est un week-end prolongé par été, jamais une semaine entière. Trois jours à la plage, c’est juste assez long pour se réchauffer sans pour autant se transformer en bouillie. Pendant ces trois jours, ma sœur, Gracie, me traîne dans l’océan et, pendant trois jours, je nage. Je compte chaque mouvement de bras tandis que je fends la surface, en regrettant les confins de la piscine du YMCA. Là-bas, au moins, il est simple d’estimer la distance parcourue, en additionnant les longueurs. Mais lorsque l’océan s’étend sur un kilomètre et demi, entre le ponton et la crique boisée devant notre maison, ça laisse une trop grande marge d’erreur. Cela fait quatorze ans que je n’ai pas passé un été entier à la plage. Depuis ma rupture avec Wyatt, qui m’a brisée en mille morceaux. Se reconstruire en repartant de zéro n’est pas facile, mais, si on s’y prend correctement, on peut reconstituer une toute nouvelle et meilleure version de soi-même. Transformer l’insouciance en prudence ; recoller son cœur avec une bande adhésive et s’assurer qu’elle tienne bien. Un morceau après l’autre, j’ai abandonné mon enfance, en troquant mon impulsivité contre un ensemble de décisions et de plans bien réfléchis. Jack dit que je suis boutonnée jusqu’au col mais j’ai du mal à croire que quiconque puisse vouloir vivre sa vie déboutonné. Avant même d’avoir ouvert les yeux, je sais exactement à quoi va ressembler ma journée, et ça me rend plus forte. Si je reste au bord de l’océan trop longtemps, il m’appelle. Mon ancien moi refait surface. Il tente de s’immiscer entre les fentes rouillées de mon armure. Je mets ça sur le compte de l’air marin. En quatre ans de relation, c’est la première fois que j’emmène Jack là-bas. D’après Travis, j’essayais de le protéger de nos parents, ce qui est ridicule puisqu’on les voit très souvent, à Manhattan. Une partie de moi a toujours voulu montrer à Jack l’explosion d’hortensias devant la maison et le mouvement délicat des dunes face à l’océan. De lui présenter l’endroit où le sable, le sel et le soleil se sont unis pour faire de moi une bonne nageuse et une adolescente comblée. En revanche, je ne suis pas sûre qu’il apprécie beaucoup la version estivale de mes parents. »
À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !
Ça fleure bon l’été !
Vives les petites lectures comme ça ☺️
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