Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…
Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « L’Héritage de la Fureur », écrit par Tricia Levenseller et édité chez De Saxus !

« À en juger par les proportions monumentales de son épée, Olerra était convaincue que le roi avait quelque chose à compenser. C’était la quatrième fois que la générale Olerra Corasene affrontait les troupes d’Atalius en moins de deux ans. Chaque fois, le lâche s’était caché derrière ses hommes pour hurler des ordres depuis l’arrière. Ce jour-là, il avait osé se montrer en première ligne, son énorme épée fendant l’air comme une hache. Le roi était aussi gigantesque que son arme, c’était de loin l’homme le plus imposant qu’elle eût jamais vu, mais cela ne justifiait pas pour autant les dimensions de son espadon. Qui espérait-il impressionner Atalius portait en outre, par-dessus sa cuirasse, un tabard orné d’une couronne noire sur fond rouge sang, les armoiries du royaume de Brutus. Il eût aussi bien pu se peindre un panneau sur le torse. C’est moi le roi. Attaquez-moi ! Quand elle l’imaginait sur le trône, Olerra avait du mal à se retenir de rire. Les hommes n’étaient pas faits pour gouverner. Ils se laissaient trop facilement provoquer et préféraient toujours le cerveau entre leurs jambes à celui qui se trouvait entre leurs deux oreilles, raison pour laquelle ils étaient bien plus à leur place dans la chambre à coucher. Olerra fut tirée de ses réflexions par trois nouveaux Brutes qui se ruaient sur elle. Deux d’entre eux tentèrent de trancher les jarrets de son cheval, mais elle guida la bête de sa main gauche et du mollet pour lui faire esquiver leurs coups à la perfection. Au même moment, elle plongea la pointe de son épée dans le casque du troisième, droit dans la fente au niveau des yeux. Quand elle libéra sa lame, une traînée rouge se répandit sur sa cuisse et sur la robe blanche de son destrier. Celui-ci n’avait pas de nom, comme la plupart des chevaux de bataille, mais la douleur n’en était pas moins vive quand ils tombaient dans le feu de l’action. Olerra était décidée à leur faire traverser cette bataille sans encombre. Sa première victime était à peine tombée qu’Olerra poussa sa monture à faire volte-face. D’un geste rapide comme l’éclair dont Enadra aurait été fière, elle abattit son épée sur le casque d’un autre Brute, fendant aussi bien le couvre-chef que le crâne. Le mouvement s’arrêta quelque part aux alentours du nez et Olerra dut planter son pied sur l’épaule de son adversaire pour dégager son arme. Le dernier homme s’enfuit. Olerra reporta son attention sur le roi, dans l’espoir qu’il soit enfin à l’endroit où elle voulait le trouver, juste à temps pour le voir occire l’une de ses soldates. Bien qu’Olerra eût perdu le compte des batailles qu’elle avait livrées au fil de sa carrière, la mort d’une guerrière courageuse ne l’en peinait pas moins. Mais elle était trop loin pour lui venir en aide. Il fallait qu’elle tienne sa position au sommet d’une butte, d’où elle voyait à la fois le front et l’arrière des troupes brutes. Allez. Encore quelques mètres. Elle avait besoin que le roi et ses troupes finissent de sortir de la forêt. Atalius ne tarda pas à s’en prendre à une autre soldate amarréenne. Il se baissa pour esquiver son assaut et lui faucher les jambes, avant de l’abandonner, rampant dans la poussière. Quand il se tourna vers sa nouvelle adversaire, il brisa sa garde en deux coups et plongea sa lame dans son cœur. Il continuait sans s’arrêter, sans ralentir. Olerra bouillonnait de colère. Atalius devait avoir une soixantaine d’années, pourtant il se battait avec une fougue sans pareille. Partout sur le champ de bataille, des hommes succombaient à la force écrasante des armées d’Amarra. Une soldate para le coup d’un Brute et le terrassa une seconde plus tard en lui enfonçant sa propre épée dans le cou. Une autre passa à cheval près d’un cavalier brute et le désarçonna d’un coup de pied. Une troisième souleva un homme comme s’il ne pesait rien et le jeta sur un autre. Cependant, le roi se défendait toujours aussi vaillamment. D’un assaut opportun, une des guerrières d’Olerra parvint à briser la garde d’Atalius et lui entailler le bras gauche. Le roi poussa un grognement, arracha la lance de sa chair et trancha la tête de la femme. La perte d’une nouvelle combattante ébranla Olerra, mais Atalius avait enfin atteint la position qu’elle attendait, celle où le front amarréen l’avait attiré. Elle se pencha pour arracher son gonfalon de l’endroit où elle l’avait planté dans le sol avant le début de la bataille et l’agita haut dans les airs. Le détachement qu’elle avait dissimulé dans les bois chargea, prenant les forces d’Atalius à revers. L’heure d’affronter le roi était enfin arrivée. »
À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !