Premières lignes (138)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Cheval Blanc et Nuits Sombres », tome 1 de la série « L’Épouse Bénie des Dieux », écrit par Evie Marceau et édité chez Bookmark !

« Chaque jeu est régi par des règles propres. D’après notre contrat de fiançailles, voici les miennes…Nulle robe. Nul sous-vêtement. Nulle pantoufle. En l’honneur des dieux, lady Sabine Darrow recréera le légendaire périple de l’Immortelle Solene en voyageant à dos de cheval de Bremcote à Duren pendant vingt et un jours avec ses seuls cheveux pour la couvrir. Je ne connais que trop bien l’histoire à laquelle cette fameuse chevauchée est censée rendre hommage…Au couvent, nous avions un ancien exemplaire usé du Livre des Immortels. J’ai passé des heures à étudier le texte sacré, à mémoriser les légendes de chaque dieu et à rougir des illustrations scandaleuses qui les accompagnaient. Il y avait l’Immortel Vale, le roi des faes, qui régnait sur la cour des dieux avec une poigne de fer et des abdominaux bronzés. L’Immortel Popelin, le dieu des Plaisirs, entouré de femmes peu vêtues lui offrant du raisin. Enfin, l’Immortelle Alyssantha, la déesse du Sexe…C’était sa représentation, dépeignant les membres de multiples partenaires sexuels enchevêtrés dans des positions impossibles, qui avait le plus piqué ma curiosité. Toutefois, l’un des récits les plus célèbres de ce livre reste celui où l’Immortelle Solene, déesse de la Nature, fête ses noces à venir en voyageant sans vêtement jusqu’à la demeure de son époux, symbole de son âme à nu. Le dessin la dépeignait dans toute la splendeur de ses arabesques faes, les lignes luminescentes d’un bleu évanescent courant sur les membres et le cou des dieux. Apparemment, l’homme que mon père avait choisi pour moi adorait cette histoire, lui aussi. Ou du moins, l’idée d’une fille nue rampant devant lui…Pourtant, même si je suis sur le point d’être exhibée dans mon plus simple appareil devant la moitié du pays, une part de moi garde espoir. À tort, car mon esprit en ressortira probablement brisé un peu plus, mais au moins je suis sortie du couvent. Cette petite chance d’espérer mieux me permet de garder la tête haute. Je frotte mon pendentif entre le pouce et l’index, confiante dans sa promesse secrète. Au-dessus de nous, le soleil daigne enfin percer les nuages et nous gratifier de sa lumière. Je me sens revivre. Hélas dans l’instant qui suit, un homme franchit le portail, et ma fragile lueur d’espoir se dissipe comme la brume matinale. Il s’avance tel un orage de chair et d’os aux cheveux noirs comme la nuit, aux yeux tombants, et dont l’expression trahit qu’il préférerait être n’importe où plutôt qu’ici. Nul doute sur son identité, il porte un arc et les armoiries Valvere sur le cuir protégeant ses épaules. L’ultime règle du petit jeu de mon futur époux : mon plus fidèle garde escortera lady Sabine afin d’assurer sa sécurité. Quelle chanceuse je suis…Le garde de lord Rian laisse tomber paquetage et arc sur le sol avant de se redresser, écrasant mon père de toute sa taille, alors que ce dernier n’est pas un petit homme. Les larges épaules du nouveau venu tendent le tissu de sa tunique sur ses biceps, aussi épais que ma cuisse. Il fronce les sourcils, ce qui ne m’empêche pas de voir briller ses yeux sombres, même à l’autre bout de la cour. Ses mâchoires sont carrées, symétriques, là où son nez est légèrement bosselé à plusieurs endroits, comme cassé à répétition. Lui retombant aux épaules, ses cheveux ont la couleur profonde et la texture d’une aile de corbeau. Ils ne sont pas attachés, entorse à la mode inspirée des faes. Il est saisissant. Sauvage. Magnifique. Et pourtant, la seule pensée qui me vient est, ils m’ont envoyé une bête. Lord Rian a beau avoir désigné cet homme comme mon protecteur, un seul coup d’œil à sa carrure de brigand suffit à rétablir l’évidence, c’est mon geôlier. Son rôle n’est pas de me protéger durant mon voyage, mais bien de m’empêcher de fuir. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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