Premières lignes (125)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Je m’appelle Rebelle », écrit par Ross Montgomery et édité chez Saxo !

« La journée commence exactement comme elle le doit. C’est l’été, et l’aurore pointe le bout de son nez à travers les rideaux. Notre lit est encore chaud après notre nuit de sommeil. Je perçois le chant d’un coq dans la cour de la ferme. Sens le bacon en bas. Entends le tintement des poêles sur la cuisinière ainsi que les voix endormies des parents de Tom qui discutent doucement. Dès mon réveil, je sais qu’aujourd’hui sera parfait. Tom ronfle toujours près de moi. J’ouvre les yeux, me déleste des dernières sensations d’engourdissement et renifle dans sa direction. C’est au matin que son odeur lui ressemble le plus : faible, chaude, enivrée par le sommeil, c’est tout Tom. Mon premier travail, aussitôt levé, le réveiller. Je m’exécute en lui léchant le visage. J’adore lui lécher le visage. C’est le meilleur moment de la journée. Je m’appelle Rebelle. Tom essuie la bave de ses joues et me serre contre lui. J’adore quand il fait ça. À présent, je devrais probablement le préciser, je suis un chien. Mais je ne suis pas un vieux chien, je n’ai que cinq ans. Et je ne suis pas bête non plus. Je suis un bon chien. Je le sais, car Tom me le dit tout le temps, et Tom sait tout. Bref, impossible de rester au lit ainsi. Il y a tant à faire ! D’ordinaire, j’attends Tom avant d’aller où que ce soit, mais l’odeur du bacon indique qu’il y a certainement un ou deux restes de couenne dans la cuisine, et je pense qu’il est important pour moi de le découvrir. Je saute du lit et cours jusqu’en bas avant de patiner sur le carrelage. Assis à table, Papa a déjà sa tenue pour la ferme. Je renifle au passage ses habits, imprégnés de l’odeur de la laine de mouton, du lait tourné et de la boue. J’aime cette odeur. Maman s’active près du feu, elle s’essuie les mains sur son tablier puis déplace une grosse bouilloire en cuivre. Elle sent un mélange de thé et de savon, de pommes de terre et de porridge, de mouton et de jus de viande. Une odeur qui me plaît encore plus. Elle pioche quelque chose dans la poêle et le jette par terre. Une couenne de bacon ! Oui, oui, oui, oui, oui. Je la saisis aussitôt. Fumée à souhait et bien juteuse, croustillante de gras, tout juste chaude, assez pour me brûler légèrement la langue. J’avais raison. Je savais qu’aujourd’hui serait parfait. Tom apparaît en se frottant les yeux. On s’installe dans la joyeuse atmosphère enfumée de la cuisine et on mange en silence jusqu’à ce que la journée puisse véritablement commencer. Je ne suis pas autorisé à quémander à table mais, si je me cache sous sa chaise, Tom me donne en catimini des morceaux de son petit déjeuner sans que Papa et Maman le remarquent. C’est le meilleur moment de la journée. Tom ne comprend pas lorsque je parle. Il pense simplement que j’aboie ou que je grogne. Mais au fond, je crois qu’il sait. De la même manière que je sais qu’il m’aime lorsqu’il me gratte la tête, me tapote le flanc ou me sourit. Tout s’est toujours passé ainsi. On n’a jamais eu besoin de mots. Il engloutit le reste de son repas, et on file dehors ensemble. Le soleil se lève sur les champs, un beau et grand spectacle. Les premiers effluves de la cour de ferme, les prémices du vent à travers les montagnes, l’espace entier d’une journée s’étire sous nos yeux. C’était faux, ce que j’ai dit plus tôt. C’est ça, le meilleur moment de la journée. Dès que je vois la ferme, je me rappelle la chance que j’ai d’être ici. J’adore cette ferme. Depuis que Tom m’a recueilli chiot pour me ramener chez lui, j’y ai vécu chaque jour de mon existence. Je ne l’ai jamais quittée, pas une seule fois. Je n’en ai même jamais franchi le portail. Chaque jour ici est identique au précédent. D’abord, on va au Bas-Pré pour voir comment vont les moutons, Tom, Papa et Maman sont éleveurs. Tom dit que, dans les environs, tout le monde en élève. On fabrique des vêtements à partir de laine de mouton, on vend le lait et le fromage des moutons pour s’en sortir. Ces dernières années, il est devenu de plus en plus difficile de le faire, à cause de toutes les taxes que le roi ne cesse de réclamer. Tom et Papa s’occupent de la traite et de la tonte pendant que je sautille ici et là pour prendre des nouvelles de tout le monde. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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