Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…
Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « La Forêt qui Dévore », écrit par Florence Hinckel et édité chez Nathan !

« Josse, le meunier, donne une tape sur l’épaule de son frère, Anselme. Ce dernier n’a que quinze ans, mais il s’apprête à passer sa première journée de défrichement sur ordre du seigneur Artus. Le tout jeune bûcheron a bien besoin d’encouragement pour sa peine du jour à venir. Tous deux rient bruyamment, pendant que leur jeune frère âgé de quatorze années, dissimulé dans la grange voisine, hausse les épaules avec dédain. Berthold se sent en décalage total. Il ne comprend pas la satisfaction de ses aînés face à l’accomplissement de tâches abrutissantes. Survivre et obéir, sont-ce là leurs seules ambitions ? Lui a de plus grands rêves. Il ne veut obéir aux ordres de personne. Et souhaite vivre au lieu de seulement subsister. Passer le plus clair de son temps dans la forêt lui permet de réfléchir à la meilleure manière d’échapper à son destin. Il en a conçu un amour sincère pour la majesté naturelle des arbres élancés vers le ciel. La tristesse l’étreint à chaque pied de bois décimé. La faune qui y vit le fascine. Et puis il y sent jusqu’au plus profond de son âme la présence de l’Esprit de la forêt. Palpitant et impatient. Discret et enveloppant. Un jour, il s’est trouvé seul face à une meute de loups. Ils étaient cinq, babines frémissantes, crocs et grognements menaçants. Et d’une si digne beauté, sereine et assurée, que l’admiration a pris le pas sur la peur. Berthold n’a pas bougé, le souffle coupé. La confrontation a figé le monde des bois durant quelques secondes éternelles. Et pour finir la meute s’en est allée, frôlant le garçon sans le mordre. Le dépassant comme s’il était un arbre ou un buisson. Elle a disparu avec grâce. Le garçon a enfin pu respirer normalement. Cette épreuve lui est apparue comme un adoubement. Depuis, il se sent aussi animal qu’un loup, maître en ces forêts, seigneur de sa vie. L’Esprit de la forêt comme seule entité supérieure. Puisse-t-il être aussi seigneur des frondaisons ! Chaque être vivant dépendrait de ses conseils, de ses lois et de ses volontés. Il aurait plus de pouvoir encore que le seigneur Artus. S’il fait abattre autant d’arbres, songe Berthold, sûr que c’est pour mieux maîtriser son domaine. Ses lois à lui ne valent que pour fermes, routes, prés, champs et chemins. Mais tout lui échappe dans la profondeur des bois. Aménager des voies utiles, ce n’est qu’un prétexte ! Le cœur de Berthold se gonfle à l’idée de dominer cette part du monde qui échappe au joug des puissants. Son intuition lui chuchote qu’il y parviendra. Ce genre de flamme qui brûle dans la poitrine fait accomplir de grandes choses, il en résulte crimes ou chefs-d’œuvre. Le jeune garçon ignore encore ce qu’il adviendra de ce feu en lui, car il n’a pas de plan, juste d’immenses désirs. C’est ce qui le distingue le plus d’un animal. Ses désirs. »
À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !
Ah c’est une autrice que j’aime beaucoup !
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Ah, voilà qui me fait forcément plaisir !
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Je serais curieuse de découvrir ton avis si tu le lis.
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Il me fait très envie en tout cas !
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