Premières lignes (114)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Ruins of Love », tome 1 de la série « Court of Gods », écrit par Kristen Rivers et édité chez Hugo !

« Dès l’instant où je quitte la berline, les flashs se mettent à crépiter. C’est la véritable raison pour laquelle je n’ai pas utilisé mes pouvoirs afin de me déplacer dans Londres. Il fallait que je me montre. Que je me fasse passer pour ce que je ne suis pas. Et cette dizaine de photographes, dont les appareils jettent des éclairs comme dans un orage, m’aide à préserver mon apparence humaine. Sans saluer ces ignares, je pénètre dans le hall de ce luxueux hôtel. Évidemment que c’est dans le quartier huppé de Mayfair que se tient la cérémonie en l’honneur de Rose Albright, PDG de la florissante entreprise Albright&Co. Cette femme d’affaires, épouse et mère ô combien remarquable, a organisé cette petite sauterie afin d’annoncer sa candidature au poste de députée au sein du Parlement. Cette journée est l’aboutissement des années de travail acharné de Rose, qui s’autoproclame aujourd’hui représentante des bonnes mœurs dans une subtile alliance de modernité et de tradition. L’irréprochable mère de famille compte sur le soutien d’influents religieux pour lui garantir le vote de la population anglaise la plus rétrograde. Ma couleur de peau, dorée, incite apparemment ces gens à l’irrespect. Mais même sans l’aide de mes pouvoirs, les services que je suis le seul à pouvoir leur proposer changent leur mépris en admiration. Les mortels sont si faciles à acheter, si manipulables, que tout cela n’est même plus drôle. Je laisse une hôtesse me guider jusqu’à la salle de conférences où tous patientent tandis que les serveurs leur tournent autour comme des mouches pour leur apporter nourriture et boisson en quantité. Après avoir repéré mes amis, je me dirige vers eux d’un pas décidé. Malgré nos différences d’opinion ou de caractère, une chose nous rapproche toujours de manière indiscutable, nos origines. Et je ne parle pas de notre pays natal, l’Inde, mais de notre nature divine. À nous trois, nous formons la Trimurti et présidons sur l’univers. Depuis notre naissance, nous avons chacun un rôle prédéfini. J’affiche un sourire narquois en constatant à quel point ça saute aux yeux. Brahma, le dieu créateur, porte évidemment un costume dont la couleur m’agresse les rétines. Le menton relevé, il admire une œuvre d’art accrochée au mur. Son âme bohème fait sans doute de lui le seul dans cette pièce à trouver de la beauté en chaque chose. Quant à Vishnou, qui écoute avec une patience d’ange les doléances d’une vieille dame, il est le dieu de la Préservation. Celui que l’on invoque quand tout semble s’écrouler. Officiellement, il travaille comme sauveteur en milieu périlleux. Officieusement, c’est un peu plus compliqué que ça. Et moi, je détruis. Eh oui ! C’est moi, le connard. Brahma crée, Vishnou préserve, et après, je viens pour tout faire péter. Bon, ce n’est pas aussi simple, mais je trouve que dernièrement ça ne résume pas si mal la situation. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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