Premières lignes (101)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Nos Étoiles Filantes », écrit par Laure Manel et édité chez Michel Lafon !

« Trois jours qu’elle reste là, cloîtrée dans cette chambre améliorée. Trois jours qu’elle navigue entre le lit, le canapé et la fenêtre. Trois jours qu’elle regarde la télé sans la voir, qu’elle observe le monde par la fenêtre en se demandant comment il peut encore tourner. Dix mois qu’elle se pose cette question. Dix mois, comme une éternité. Et aucune réponse satisfaisante. Oui, la Terre tourne encore, les saisons se sont succédé selon le programme établi depuis des millénaires. L’automne a jonché le sol de ses feuilles, l’hiver l’a saupoudré de quelques flocons, le printemps l’a reverdi. Mais rien n’y a fait, tout continue sans elle et malgré elle. Alors que tout aurait dû s’arrêter ce jour-là. Les pendules comme son cœur. Que les saisons cessent, le soleil s’éteigne et que le monde s’endorme. Mais elle est là, toujours. Ce qui l’étonne, d’ailleurs, chaque jour. Comme si chaque matin devait apporter une preuve de son existence. Comme si chaque réveil était une victoire. La victoire de qui ? D’un dieu qui chercherait à se rattraper ? D’une mère qui veut qu’elle s’accroche ? Fanny n’a pas répondu. Elle a essayé de sourire, pour rassurer. Mais elle n’y est pas parvenue. Son sourire vrille, il bifurque, il se cabre. Il a déserté, c’est tout. Et tout le monde le comprend. Qui pourrait le lui reprocher ? Derrière son sourire qui n’en est pas un, il y a les mots qu’elle ne dit pas, mais qu’elle pense fort : elle ne prend pas l’avion pour mettre fin à ses jours de l’autre côté de l’Atlantique. Pour autant, ce voyage est une sorte de fuite. Elle avait surtout envie d’en finir avec eux tous, leur air peiné, leur sollicitude, leurs joies à cacher. Leurs vies à eux continuaient, alors ils s’efforçaient, pour ne pas la heurter, de ne pas étaler les bonheurs de leur quotidien. Elle n’était dupe de rien. Et puis ce voyage était prévu…Alors c’est apparu comme une évidence. Elle ne s’est pas posé la question longtemps. Un peu…Pas longtemps. Quand sa mère lui a objecté que ce n’était pas raisonnable, qu’elle ne pouvait pas « faire ça », ça a été encore plus évident. Elle avait besoin de s’éloigner, de prendre le large. Pour un jour revenir et, peut-être, reprendre sa vie en main. Même si cela semble un idéal inaccessible, il faut toujours tendre vers quelque chose. Sur le papier, c’est joli, mais dans sa tête c’est tout le contraire : Fanny vit dans la nostalgie des jours heureux et révolus. Alors, aller de l’avant…Elle contemple la rue depuis sa fenêtre. Elle regarde les maisons, les boutiques, les voitures qui passent…Le monde animé, avec tous ces gens bien plus vivants qu’elle. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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