Premières lignes (100)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Artemisia Shepard : Descendante de la Pythie », écrit par Christelle Da Cruz et édité chez Scrineo !

« J’ouvris les yeux dans un sursaut, avec la sensation d’être une nageuse crevant la surface de l’eau après une trop longue apnée. Paniquée, je cherchai à retrouver mon souffle. Je fixai le plafond de ma chambre tout en essayant de me souvenir de ce qui avait pu me mettre dans cet état. Il s’agissait d’une vision, évidemment, mais son contenu m’échappait. Fébrile, je me redressai dans mon lit et passai en revue la pagaille que j’avais laissée autour de moi la veille. Le fauteuil installé dans un coin de ma chambre était enseveli sous mes vêtements. Mon bureau n’était plus qu’un vague amoncellement de bouquins, de tasses sales, de magazines et de bric-à-brac divers. Mes draps froissés et entortillés trahissaient l’agitation de mon sommeil. Ils complétaient à merveille le tableau chaotique de la pièce, baignée par la lumière blafarde du jour qui commençait à poindre. Seul élément rassurant dans mon environnement, mon chat Chester me contemplait d’un air placide, ses grands yeux verts clignant mollement tandis que sa queue grise ondulait avec grâce. Comme à son habitude, il avait passé la nuit lové sur mon lit, à proximité de mes pieds, a priori nullement dérangé par mon sommeil tourmenté. Des flashs de ma vision m’assaillirent soudain. Des crocs, des animaux sauvages, peut-être des ours ou des loups, des pas feutrés dans une ruelle, du marbre blanc et des éclats de porcelaine…Je me frottai les tempes, perplexe. Tout cela ne rimait à rien. Machinalement, j’attrapai mon téléphone sur la table de chevet et contemplai l’écran. L’heure que j’y lus mit quelques secondes à s’imprimer sur mes rétines. Je manquai de tomber du lit dans ma précipitation. Mon réveil n’avait pas fonctionné, ou bien je ne l’avais pas entendu. Le résultat était le même, j’étais affreusement en retard et j’allais me faire tuer par Alistair. Ou pire encore. Je sautai dans les premiers vêtements qui me tombèrent sous la main sans prendre la peine d’évaluer leur niveau de propreté et fis irruption dans le couloir du premier étage. Un coup d’œil vers la porte de ma colocataire, Pixie, m’apprit qu’elle devait encore dormir à poings fermés. Après un brossage de dents tout à fait sommaire, je descendis les escaliers aussi vite que possible et filai tout droit vers la sortie. Le soulagement m’envahit lorsque le claquement caractéristique de la porte retentit dans mon dos. Yiayia n’avait pas eu le temps de m’intercepter. C’était déjà un bon point. Je n’étais absolument pas d’humeur à supporter les réflexions bienveillantes, mais envahissantes au possible, de ma chère grand-mère. Je m’engouffrai dans le bus sur Camberwell Road. Durant le trajet, je n’arrêtai pas de lorgner l’écran de mon téléphone, comme si le conducteur allait déjouer les lois du temps et de la circulation londonienne pour mon bon plaisir. Sans surprise, le voyage prit plus de vingt minutes. Je sautai sur le trottoir et entrepris de rejoindre Covent Garden en marchant aussi rapidement que possible. Je ne pus me résoudre à courir. C’était contre tous mes principes. Hors de question que j’arrive au magasin échevelée et en nage. L’odeur familière de la marchandise m’effleura les narines avec délice lorsque je fis irruption chez A storm in a teacup, la boutique de thés dans laquelle je travaillais, dirigée par le très flegmatique Alistair Grant. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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