Premières lignes (90)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Les Apprentis Mortcelieu », tome 1 de la série « Les Brûleurs d’Or » écrit par Alice Parriat et édité chez Scrineo !

Les Brûleurs d'Or, tome

« Perché à flanc de ciel, l’Institut des enfants oubliés surplombait Blizarval depuis le plateau de la colline du Puy. C’était l’édifice le plus sinistre et le plus singulier des environs. Ses murs tombaient en ruine. Ses grilles ne s’ouvraient qu’en grinçant. Quant à ses pensionnaires, on les voyait dès l’aube promener leur ennui et leurs sabots de bois d’une cour à l’autre. Autrefois, la bâtisse avait eu fière allure, on y venait de loin se délivrer de bambins encombrants. À présent que le lierre avait tout envahi, elle avait perdu son lustre et son prestige. Le vent s’insinuait par les fissures des poutres, la tuyauterie fuyait et des toiles d’araignées tapissaient les plafonds. Les ronces avaient tant et si bien proliféré que la route menant au domaine n’était plus qu’un sentier semé d’ornières. On ne s’y aventurait pas en voiture, mais les jours de beau temps, à cheval ou à pied, on pouvait l’emprunter si l’on avait le goût du risque et des hauteurs. Le ciel était maussade, ce soir de septembre. Alors que des nuages caressaient les toits, des guirlandes de brume s’ébrouaient déjà le long des venelles. Un temps pareil n’incitait pas à s’attarder dehors, aussi les habitants de Puy-Four avaient-ils pris soin de rester chez eux. Seules deux silhouettes bravaient encore la grisaille. Léna était blonde et menue, Cléo avait les yeux noirs et une cascade de boucles encadrant un front, un nez, et une bouche aux plis décidés. Son amie la tira par la manche sans ralentir. Du moins l’espérait-elle, tout en se faufilant dans l’ombre d’une impasse. Elles n’avaient pas eu de chance, le fils du concierge les avait surprises alors qu’elles s’esquivaient en catimini. Ça semblait louche, d’ailleurs. D’ordinaire, le jardin était désert au crépuscule…Les avait-il suivies ? Un autre jour, Cléo aurait préféré revenir sur ses pas afin de s’assurer le silence du jeune homme, mais elle avait déjà manqué deux leçons cette semaine. Les punitions tombaient comme la pluie ces temps-ci, l’urgence de s’en aller se faisait plus pressante. Elle parcourut l’espace qui l’éloignait du numéro 17 et frappa trois coups au chambranle de la porte. Clouée contre le bois, une pancarte indiquait : « MAITRE BALABUZE, ENCHANTEUR DIPLOME.PROFESSEUR DE MAGIE POUR SORCIERS DEBUTANTS. PRIX SELON CONVENANCE. » Le regard de Cléo s’attarda sur la dernière ligne. Le « prix selon convenance » n’était qu’une manière ampoulée d’évoquer le trafic auquel se livraient les escrocs sans foi ni loi. Jusqu’ici, elle était toujours parvenue à dérober des objets de valeur à l’Institut, mais cette fois, elle n’avait qu’une montre à négocier. Elle souhaitait de tout cœur que cela convienne à Balabuze. Si son professeur n’était qu’un piteux mage, il représentait sa seule chance de parvenir un jour à quitter le comté. L’amertume lui serra la gorge. Il n’y avait que deux issues pour les filles de Puy-Four, le mariage, ou la magie. En ce qui la concernait, c’était tout vu. Pas question d’épouser qui que ce fût ! Une ombre la frôla, Cléo sursauta, avant de reconnaître Léna qui venait de la rejoindre. Sur ces entrefaites, la porte s’entrouvrit et le maître apparut. Un frémissement d’effroi parcourut Cléo. Avec sa tignasse hirsute et ses habits sales, Balabuze incarnait à lui seul toute la morosité qui rongeait la vallée. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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