Premières lignes (79)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Neige et Poussière », écrit par Adrien Tomas et édité chez Rageot !

Neige et Poussière

« L’ex-capitaine Nikolaï Magnus regarda l’heure sur la massive tour-horloge qui jaillissait du Vieux Centre, et acquiesça avec satisfaction. Les bombes, placées à intervalles réguliers dans toute la ville, devaient avoir été amorcées. Deux navires amarrés au port, le centre des archives, le ministère de la Marine, quatre entrepôts, dont un de munitions et, pour fignoler le tout, deux des principaux ateliers de mécanomagie. Si tout se passait selon le plan de la Meute, la Cité Franche d’Asthénocle ne se remettrait pas de l’attentat. Magnus grinça des dents. Attentat. Il n’aimait pas ce mot. Comment avait dit Zonya, déjà ? Ah, oui : Opération de neutralisation méthodique des principaux atouts stratégiques d’une puissance ennemie. Il devait admettre que cela sonnait mieux. Par réflexe, Magnus sortit de sa veste son vieil horlocron à gousset, souvenir de son temps dans l’armée grimmoise. Le mécanisme lui indiqua que l’heure exhibée par la tour-horloge du Vieux Centre était exacte. Évidemment, un Franc-citoyen préférerait s’immoler plutôt que manquer de précision. Il hocha la tête, rassuré. Il restait encore vingt minutes avant la mise à feu. Il se demanda si ce serait suffisant pour leur laisser le temps d’arriver. L’équipe de Magnus avait fait du bon travail. Elle avait fait en sorte de prévoir une heure de détonation particulièrement avancée dans la nuit, afin de ne pas risquer trop de pertes civiles. Les cibles militaires, comme les ateliers de mécanomagie ou les navires de combat, seraient en revanche certainement remplies de soldats. Mais, selon les règles absurdes de la guerre, le trépas d’un individu portant un uniforme était moins grave que celui d’un autre vêtu d’un costume ou d’un bleu de travail. La mort faisait partie des risques du métier pour un militaire, quand il s’agissait d’une horrible tragédie pour un civil. Alors que tout ce qui les séparait réellement était la façon dont ils s’habillaient le matin. Nikolaï Magnus grimaça lorsqu’il sentit une étincelle de magie passer sous sa peau, quelque part à l’arrière de sa tête. Le cataclysme qui l’avait défiguré, faisant fondre la moitié de son visage et le privant de trois de ses membres, avait également laissé une certaine quantité d’énergie arcanique rémanente dans son corps. Cela se manifestait sous la forme de minuscules décharges qui grésillaient parfois sous sa peau. Plus de deux ans après, il ne s’était toujours pas habitué à la sensation. Il leva le nez et contempla les tours élancées d’Asthénocle, entre lesquelles de sveltes arcanorails, dont les capots argentés reflétaient les rayons de lune, glissaient sans un bruit d’un bout à l’autre de la cité mécanisée. Les rues étaient éclairées par la lumière bleutée des puissants lampadaires à arcanicité, et avaient été récemment élargies pour permettre le passage des plus récentes automotives. La ville des mécanomages était considérée comme le joyau de la couronne de l’Alliance des Cités Franches. Malgré la petite taille de la cité-État, ses défenses étaient quasiment impénétrables, tandis que les manœuvres déployées par son état-major donnaient des sueurs froides aux stratèges ennemis. Magnus comprenait pourquoi la Meute désirait tant la chute d’Asthénocle. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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