Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…
Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Danselame », tome 1 de la série « Le Serment d’Eldenaï », écrit par Georgia Caldera et édité chez Scrineo !

« Je me débattais encore avec le fermoir de mon bracelet de cheville lorsque les dernières jeunes filles de mon groupe de novices passèrent en trombe devant moi. Je me forçai à esquisser un vague sourire tandis que le vacarme sous mon crâne ne cessait de s’amplifier. Mes camarades franchirent les portes du vestiaire et leurs éclats de rire joyeux s’éloignèrent avec elles. À présent seule dans la salle, je soupirai de soulagement, appréciant, pour un bref moment, le silence, du moins extérieur, qui s’offrait enfin à moi. Une fête exceptionnelle était en préparation au sanctuaire, et jamais l’ambiance n’avait été aussi survoltée qu’en ce moment. Jamais non plus les voix qui hantaient mon esprit depuis toujours n’avaient été aussi puissantes et sonores, quasiment impossibles à ignorer…D’ordinaire, il ne s’agissait que d’un brouhaha indistinct qui parasitait mes pensées, telle la rumeur de lointaines conversations échangées dans une langue étrangère. Parfois, cependant, le sens de certains mots, prononcés par une entité en particulier, m’apparaissait clairement. Cela ne se produisait qu’en de rares occasions et constituait un événement à part entière, que je devais absolument rapporter au Kannushi, le chef du Prieuré. Contrairement à certains moines du sanctuaire, le Kannushi était persuadé que ce phénomène ne devait pas être pris à la légère. Selon lui, Vhel, le dieu mort dont notre île portait le nom, ainsi que d’autres divinités depuis longtemps éteintes émettaient encore des pensées-échos capables d’être captées par une poignée d’entre nous. Pour lui, j’avais le don de percevoir les anciennes paroles des Immémoriaux, ces titans aux formes animales issus de la nuit des temps, qui avaient peuplé la planète avant que les eaux la recouvrent. Enfant, j’y avais cru, mais désormais je n’en étais plus aussi convaincue. Rien de probant n’était ressorti de ces phrases décousues que j’avais réussi à déchiffrer et répétées au Kannushi. Sans doute était-ce la raison pour laquelle mon supposé talent intéressait de moins en moins les membres du Prieuré…Depuis quelques jours pourtant, les voix ne me laissaient aucun répit. Fatiguée de subir cette cacophonie assourdissante, je me massai les tempes, tâchant de me concentrer sur le reflet que renvoyait le miroir en face de moi. La longue natte qui pendait jusqu’au bas de mes reins était à moitié défaite et des mèches filasse, d’un noir terne, me barraient le visage. Des cernes violacés, résultat de mes longues insomnies, creusaient mes pommettes, faisant paraître mon regard vert pâle, déjà assez inhabituel à Vhel, où les iris bruns étaient de loin les plus communs, plus étrange encore. Malgré mon retard, je pris le temps de rajuster les attaches latérales fermant ma tunique d’entraînement. Je me pinçai également les joues pour leur donner une nuance plus rosée. Mes camarades paraissaient toujours naturellement pimpantes et soignées. Contrairement à moi, qui, en dépit de tous mes efforts, semblais perpétuellement négligée…À seize ans passés, je commençais à désespérer de voir émerger la beauté de mes traits. Malgré mon quotidien privilégié de novice, recluse à l’ombre des murs du Prieuré, généralement en salle de classe, de danse ou à la bibliothèque, mon teint était d’un ocre cireux, presque aussi hâlé que celui des pêcheurs du village de Bord-de-Nageoire. Ma mâchoire était affirmée, au dessin carré peu féminin. Mon nez manquait également de délicatesse. Je le trouvais plat et son extrémité un peu trop ronde. De surcroît, mes lèvres étaient épaisses, si imposantes qu’elles masquaient quasiment mon menton. Mes yeux n’étaient ni grands ni gracieux, mais avaient plutôt la forme d’une fine amande incurvée, et mes paupières étaient souvent assombries par le manque de sommeil. Pour finir, les entraînements de danse avaient certes rendu mon corps musculeux et agile, mais il restait obstinément dépourvu des formes voluptueuses qu’arboraient les jeunes femmes de mon âge. J’avais depuis longtemps choisi la voie que je voulais suivre au sein du sanctuaire : plus que tout, j’aspirais à servir le Prieuré en tant qu’Apsara, une danseuse sacrée dont l’existence était dédiée à maintenir, par le biais de son art, le pont entre les humains et les dieux de l’Elysium. Les Apsara avaient un contact privilégié avec les divinités, plus puissant que tout autre. Elles consacraient leur vie entière à la recherche de la pureté et de l’harmonie à travers la danse. Par conséquent, aussi bien leur physique que leur comportement se devaient de tendre vers cet absolu. La laideur, ou même la simple banalité, empêchait naturellement les candidates d’accéder à cette prestigieuse fonction. »
À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !
Merci pour ces premières lignes d’autant que le roman est dans ma wish list 🙂
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Avec grand plaisir ma belle 😘
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Je me l’étais noté de côté ne sachant trop il me tentait ou non. Ces premières lignes me donnent un aperçu du style mais lol pas assez pour m’aider à me décider à craquer ou non lol. Du coup il restera dans ma WL en attendant d y revenir. merci en tout cas de cette aide.
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Avec grand plaisir 😉
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