Premières lignes (60)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Shatter Me », écrit par Tahereh Mafi et édité chez Michel Lafon !

Shatter Me

« Je suis enfermée depuis 264 jours. Je n’ai rien d’autre qu’un petit carnet, un stylo cassé et les chiffres dans ma tête pour me tenir compagnie. 1 fenêtre. 4 murs. 13 mètres carrés. 26 lettres d’un alphabet, que je n’ai pas prononcées depuis 264 jours d’isolement. 6 336 heures écoulées depuis que j’ai touché un autre être humain. Ce sont les sous-fifres du Rétablissement. La résolution qui était censée aider notre société moribonde. Les mêmes qui m’ont arrachée à mes parents et enfermée dans un asile pour un truc que je ne contrôle pas. Tout le monde se fiche de savoir que c’était un accident. Que j’avais pas l’intention de le faire. Que j’ignorais ce dont j’étais capable. J’ai aucune idée de l’endroit où je me trouve. Je sais seulement qu’on m’a transportée dans un fourgon blanc et qu’on a mis 6 heures et 37 minutes pour arriver ici. Je sais que j’étais menottée. Que j’étais attachée à mon fauteuil. Je sais que mes parents ne se sont pas donné la peine de me dire au revoir. Je sais que j’ai pas pleuré quand on m’a emmenée. Je sais que le ciel s’écroule chaque jour. Le soleil dégringole dans l’océan et éclabousse de brun, de rouge, de jaune et d’orange le monde que je vois de ma fenêtre. Un million de feuilles d’une centaine de branches différentes plongent et tournoient dans le vent avec la fausse promesse d’un envol. La bourrasque s’empare de leurs ailes fanées uniquement pour les forcer à tomber dans l’oubli, juste bonnes à être piétinées par les soldats en faction au-dessous. À ce que disent les scientifiques, il n’y a plus autant d’arbres qu’avant. Ils affirment qu’autrefois notre monde était vert. Et nos nuages, blancs. Notre soleil offrait toujours une belle lumière. Mais j’ai de très vagues souvenirs de ce monde-là. Je ne me rappelle plus grand-chose du passé. La seule existence que je connaisse est celle qu’on m’a accordée. Le pâle reflet de ce que c’était dans le temps. Je pose une paume sur la petite vitre et sens le froid saisir ma main dans une étreinte familière. Toutes les deux, on est seules et on existe ensemble, faute de mieux. J’attrape mon stylo, devenu presque inutile avec le peu d’encre que j’ai appris à économiser chaque jour, et je le regarde. Je change d’avis. J’ai plus la force de mettre tout ça noir sur blanc. Partager ma chambre, ça pourrait être sympa. Parler à un véritable être humain, ça pourrait faciliter les choses. Je me suis entraînée à utiliser ma voix, à former avec mes lèvres des mots familiers que ma bouche ne sait plus prononcer. Je me suis entraînée toute la journée. J’en reviens pas de me souvenir comment on parle. Je roule mon petit calepin sur lui-même et l’enfonce dans le mur. Je m’assois sur les ressorts recouverts de draps sur lesquels je suis obligée de dormir. J’attends. Je me balance d’avant en arrière et j’attends. J’attends trop longtemps et je m’endors. Mes yeux s’ouvrent et découvrent 2 yeux, 2 lèvres, 2 oreilles, 2 sourcils. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

6 réflexions au sujet de « Premières lignes (60) »

Répondre à Vampilou fait son Cinéma Annuler la réponse.