Premières lignes (57)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « House of Marionne », écrit par J. Elle et édité chez Olympe !

House of Marionne

« Yagrin glissa le doigt le long de sa lame et prit une profonde inspiration. Il détestait ce rôle. L’odeur des poubelles lui remontait dans les narines. Il resserra son manteau et passa la tête hors de la ruelle où il se cachait, entre une boutique de babioles et une pâtisserie. Son regard survola la circulation. Et il la vit. Un bonnet à rayures roses bien enfoncé sur la tête, la masse de ses cheveux bouclés débordant dessous. Elle portait un jean moulant et un pull vert vif à manches kimono. Un nœud se forma dans sa gorge. Son pied martelait le sol. Mais sa main tenait sans trembler la dague dans sa poche. C’était une arme précise, forgée d’un seul tenant, au manche somptueusement sculpté, conçu pour épouser la forme exacte de sa paume. Le bout de son doigt était humide. Il essuya le sang sur la doublure de son pantalon en attendant que Bonnet Rose passe devant lui, afin de se fondre dans la foule à sa suite. Il devait se montrer prudent. Être patient. C’était pour cela qu’il repoussait cette mission depuis des semaines. Pour être discret. Il s’agissait de la réputation de la Maison, après tout. Une réputation qu’il ne pouvait pas ternir. Il fallait d’abord l’aborder. Puis l’isoler. Tu n’es pas un tueur, Yagrin, objecta une petite voix dans sa tête. Il la fit taire en récitant des formules apprises par cœur. Secretum. Bonnet Rose, qu’elle le sache ou non, était une menace directe pour leur mode de vie. Par conséquent, elle devait mourir. Elle arrivait. Il se tourna vers une vitrine avant de quitter la ruelle sombre pour la suivre dans l’agitation du quartier commerçant. Son bonnet se déplaçait au milieu de la foule. Il ne voyait pas son expression, mais elle marchait tranquillement, son téléphone collé à l’oreille, saluant d’un mouvement de tête ceux qui croisaient son regard en passant. Il se répéta son plan, les doigts crispés. Utiliser la dague magique serait plus propre. Plus discret. Il sortit une pièce de monnaie de sa poche et la lança en l’air. Pile. Pourvu que je tombe sur pile. Il ne devrait pas être superstitieux ; la superstition n’était qu’un simulacre, un faux-semblant de magie, dont il n’avait pas besoin, il avait la vraie. La pièce tournoya dans le soleil avant de retomber sur sa paume. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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