Premières lignes (51)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Glace », tome 1 de la série « La Trilogie des Glaces », écrit par Stacey McEwan et édité chez Olympe !

La Trilogie des Glaces, tome 1 : Glace

« Le froid est cruel, mais il n’est pas vivant. Il peut vous dévorer, vous duper, vous convaincre de commettre des choses indicibles. Il peut faire de vos ennemis une source de chaleur corporelle, et de vos amis un simple manteau à extorquer. Le froid n’est pas vivant, mais il est impossible de lui échapper. Dawsyn frappe ses mains gantées contre le tronc près d’elle pour retrouver la sensation de ses doigts. Elle murmure à mi-voix son mantra. Les jours où elle oublie de le répéter, le froid prend des allures de monstre. Le froid n’est pas vivant. Repousse le givre. Prends garde au Gouffre. C’est une litanie qui vit en elle. Un précepte. Au début, ce n’était qu’une leçon pour enfants, mais il s’agit désormais d’un code de conduite qui la maintient parmi les vivants dans cet endroit fait pour les morts. Elle retire sa hache de la neige. La lame décrit un arc au-dessus de son épaule, puis, avec un craquement écœurant, retombe et fend une bûche en deux. Et pendant ce temps-là, le givre s’infiltre en elle, rampe sur le sol de la forêt et s’insinue jusque dans les interstices de ses vêtements. Elle fredonne pour l’éloigner. Le vent porte les voix à ses oreilles. Elle se retourne immédiatement, rengaine sa hache et abandonne son ouvrage. Elle court, arrachant ses pieds aux congères qui tentent de les enliser. Elle émerge du bosquet de sapins. Autour d’elle, des dizaines de jambes se précipitent vers le centre du village comme des insectes sur un cadavre, se ruant vers l’endroit où tombera la Provision. Dawsyn lève les yeux vers le ciel, et elle les voit. Des ailes blanches qui battent sous les nuages menaçants et, en dessous, une grande caisse en bois pendue à leurs serres. Elle accélère encore, projetant sous ses bottes des gerbes de neige. Elle entend derrière elle d’innombrables bruits de pas qui la poursuivent. Si elle ne se dépêche pas, il ne restera plus rien à récupérer dans cette caisse. Depuis les hauteurs, les créatures ailées lâchent leur fardeau et elle le regarde tomber sur le village, puis éclater dans un fracas monstrueux. La caisse se disloque, répandant son contenu sur la neige. Alors la foule, comme un essaim, lui fond dessus. Dawsyn atteint le monticule brisé un instant à peine après sa chute, mais il y a déjà trop de gens devant elle. Des gens qu’elle va devoir écraser pour se frayer un chemin. Seuls les plus forts et les plus rapides obtiendront leur maigre part de vivres, d’habits et d’outils apportés par la Provision. Elle grimpe sur le dos d’un homme qui ramasse des fruits tombés à terre, et se jette dans la cohue. Un coude lui heurte la mâchoire en passant et elle atterrit en grognant de douleur. Quelqu’un essaie d’attraper son manteau pour la tirer en arrière et elle le repousse d’un coup de pied. Dawsyn s’empare d’un infime morceau de silex qu’elle aperçoit à travers la mêlée, mais une main ridée lui saisit le poignet. Une main de femme. Elle ne réfléchit pas, ne cherche pas à savoir de qui il s’agit. Elle la bouscule de tout son poids. Que l’autre soit frêle, affamée, malade, cela ne change rien. Elle ne cédera rien aux faibles. »

J’espère vous avoir donné envie d’y jeter un œil et je vous dis à la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes…

2 réflexions au sujet de « Premières lignes (51) »

Répondre à Ma Lecturothèque Annuler la réponse.