Premières lignes (47)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Je t’ai aimé dans une Autre Vie », écrit par David Arnold et édité chez Collection R !

Je t'ai aimé dans une Autre Vie

« Ce sont des matins comme celui-ci qui me font m’interroger sur mon année de césure. Mis à part les considérations financières et les questions de candidature, je me vois mal prendre l’avion du sud-est de l’Alaska à Iverton dans l’Illinois chaque fois que maman se plante dans ses horaires de boulot. Une chose que j’ai apprise depuis le départ de papa : quand on est parent célibataire, les responsabilités ne se divisent pas par deux, elles se multiplient de manière exponentielle. Peu importe que je nourrisse le projet de partir un an à l’étranger depuis des années, que je sois obsédé par le Nord depuis toujours, ou que chaque fois que j’aperçois la photo d’un massif de montagnes enneigé, je ressente le besoin de le dessiner sur tout ce qui me tombe sous la main. Peu importe, dans le fond, que papa ait proposé de subventionner la moitié du voyage si je suis pris. Un père absent qui paie pour tout, c’est comme un mathématicien qui fait pousser une tomate : les tomates, c’est génial, mais tu ferais pas mieux de résoudre une putain d’équation ? Toute précaire que puisse être notre situation financière (et elle l’est vraiment), aucune somme d’argent ne résoudra le problème qu’il a créé par son absence. Je me retrouve face à un dilemme. Si jamais ma candidature est retenue pour le programme Headlands, et même si j’ai droit à la meilleure bourse qui soit, je me vois très mal m’envoler pour Glacier Bay, en Alaska, au printemps prochain, en abandonnant maman seule avec Will pendant six mois. Et ça, c’était avant la bombe qui est tombée avant-hier soir. Je range les ingrédients sortis pour la préparation des sandwichs et essuie les miettes sur le plan de travail. Quand je soulève le couvercle de la poubelle, j’aperçois les restes de la tentative de petit déjeuner de maman. On dirait un crustacé visqueux. Notre maison est petite ; je l’entends qui s’affaire dans sa chambre, la musique est à fond, les tiroirs s’ouvrent et se ferment tandis qu’elle se prépare pour un taf qu’elle ne devrait pas se forcer à garder. Et je prends conscience que la cuisine, la musique à plein volume, le deuxième boulot, tout ça, c’est une manière de fuir les recoins sombres de son esprit. En montant les escaliers, je me rends compte que la chanson qui provient de sa chambre est la même que celle que j’ai entendue dans le parc cette nuit. Le parc où j’ai vomi parce que j’avais trop bu à une fête où je n’avais pas envie d’aller. Peut-être que maman n’est pas la seule à fuir les recoins sombres. »

J’espère vous avoir donné envie d’y jeter un œil et je vous dis à la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes…

2 réflexions au sujet de « Premières lignes (47) »

Répondre à Vampilou fait son Cinéma Annuler la réponse.