Premières lignes (42)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Dans la Vie des Pantins », écrit par T.J Klune et édité chez De Saxus !

Dans la Vie des Pantins

« Dans une vieille forêt isolée, loin d’à peu près tout, se trouvait une étrange demeure. De forme carrée, le petit bâtiment en briques, envahi par le lierre et la mousse, occupait le pied d’un bosquet d’arbres massifs. Nul ne savait à qui il appartenait, mais, de toute évidence, il avait été abandonné voilà bien longtemps. Il fallut attendre qu’un homme appelé Giovanni Lawson (qui n’était en fait pas du tout un homme) tombe dessus par hasard, alors qu’il traversait la forêt, pour qu’il retrouve sa raison d’être. Il se tint devant sa curieuse découverte, écoutant les oiseaux chanter dans les branches haut dans le ciel. Il passa prudemment la porte qui pendait sur ses gonds. Les fenêtres étaient brisées. Des mauvaises herbes poussaient à travers le plancher gauchi. Le toit s’était en partie effondré, et le soleil brillait sur une montagne de feuilles qui atteignait presque le plafond. Au sommet, une fleur dorée éclose se tendait vers la lumière entrant à flots par les combles exposés. Giovanni revint de bon matin le lendemain, ses manches relevées sur ses avant-bras. Il abattit les murs à l’intérieur du bâtiment pour créer une grande pièce unique, sortant le plâtre et le bois morceau par morceau pour les entasser sur le sol de la forêt. Quand il eut terminé, une couche de poussière lui couvrait la figure et les cheveux, et ses articulations craquaient et gémissaient, mais il était satisfait. Travailler dur avait du bon. Le petit bâtiment accueillit bientôt toutes sortes d’objets, plaques de métal et bouts de fil de fer et de corde, batteries et piles de toutes sortes ; circuits imprimés et bocaux à conserve en verre remplis de puces électroniques. D’autres bocaux contenaient des centaines de graines de différentes formes, tailles et couleurs. Des boîtes à musique poussaient la chansonnette avec mélancolie. Des électrophones privés de disques restaient muets. Il y avait des télévisions, grandes et petites, aux écrans noirs. Et des livres ! Tant de livres sur les thèmes les plus variés, allant de la vie des plantes à la chasse à la baleine, des animaux de la forêt aux schémas complexes d’un cœur de réacteur nucléaire. Ils remplissaient les étagères, fabriquées avec les matériaux récupérés lors de la démolition, qui couvraient les murs du sol au plafond. Mais après avoir rangé le dernier livre sur le dernier rayonnage, il s’aperçut qu’il ne restait plus de place pour lui. Ajouter une pièce ou deux n’aurait pas exigé trop de travail. Mais Giovanni Lawson n’était pas du genre à choisir la solution de facilité. Sa façon de voir le monde faisait la part belle aux formes et aux conceptions complexes. Ainsi, quand il leva les yeux vers les arbres autour de lui, il sut qu’il n’agrandirait pas le bâtiment au sol. Il construirait en hauteur. Comme on pouvait s’y attendre, un projet d’une telle envergure demanda du temps. Le résultat devait être parfait. Les arbres offraient la sécurité, loin des lumières crues et aveuglantes et de la cacophonie de la ville qu’il avait abandonnée derrière lui. Haut dans les branches, au-dessus de la maison, il construisit un nouveau petit bâtiment autour du tronc massif du plus grand sapin, le roi incontesté de la forêt. À partir de là, il ajouta plusieurs pièces supplémentaires dans les arbres, toutes reliées par des ponts de corde, un laboratoire et une véranda, avec un plafond en verre dépoli, un parquet en chêne brillant et aucun mur. Plus tard, cette véranda changerait d’usage. La forêt était vaste et sauvage. Il doutait que quiconque y retrouve jamais sa trace. Les jours ensoleillés, une harde de cerfs et de biches broutait dans l’herbe au-dessous de lui, tandis que les oiseaux chantaient au-dessus. Il les accompagnait en fredonnant. Giovanni était en paix. En paix, jusqu’au jour où il se mit à ressentir une douleur dans la poitrine. »

J’espère vous avoir donné envie d’y jeter un œil et je vous dis à la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes…

2 réflexions au sujet de « Premières lignes (42) »

Répondre à Vampilou fait son Cinéma Annuler la réponse.