Premières lignes (28)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « The Butterfly Assassin », écrit par Finn Longman et édité chez Castelmore !

The Butterfly Assassin

« Le premier soir, dans son minuscule appartement, elle se débarrasse de ses cheveux et de son nom. Ce qui est plus facile à faire pour les mèches brunes que pour Isabel Ryans. Car c’est elle qu’elle continue de voir dans le miroir, malgré la coupe asymétrique qui cache la moitié de son visage, et non Bella Nicholls, le nom sur sa nouvelle pièce d’identité, son dossier scolaire, et le compte en banque qui contient à peine assez d’argent volé pour payer le prochain loyer. Isabel ne peut pas se cacher. Ni d’elle-même, ni d’eux. Ce qui ne l’empêche pas d’essayer. Tous les soirs, elle vérifie trois fois que sa porte est bien verrouillée, puis elle coince une chaise sous la poignée, ça ne les arrêtera pas, mais ça lui donnera au moins quelques secondes d’avance s’ils viennent la chercher. Ou plutôt, quand ils viendront. Chaque nuit qui s’écoule sans incident est à la fois un soulagement et une torture, et elle passe ses journées à attendre que tout s’écroule. Ils savent qu’elle est ici. Forcément. Personne ne peut leur échapper. Si elle est encore en vie, c’est simplement que les guildes attendent leur heure. Après sa deuxième nuit blanche, Isabel cache un couteau sous son oreiller. Après la troisième, elle abandonne son lit pour le canapé défraîchi, qui a vue directement sur la porte d’entrée. Elle se réveille chaque matin avec un torticolis tenace et la peur au ventre. Je m’en suis tirée, se répète-t-elle. Mais peut-elle vraiment l’affirmer, alors qu’elle n’arrive même pas à dormir dans son propre lit ? Ce n’est qu’un moment de répit, un sursis avant que les choses n’empirent. Elle n’aurait pas dû partir. Elle va passer le restant de ses jours à surveiller ses arrières. Chaque matin, elle retire la chaise, ouvre les verrous et tente de se rappeler qu’elle est libre. Puis elle s’attache les cheveux, elle regrette déjà cette frange et part à petites foulées dans la rue, alors que la nuit cède la place au jour. Durant ces quelques heures, la ville est déserte, à l’exception d’une poignée de lève-tôt et d’un jeune livreur au pas traînant. C’est durant l’une de ces excursions matinales qu’Isabel se trouve un petit boulot de livreuse de journaux qui ne suffit pas à payer son loyer, mais qui l’empêche au moins de mourir de faim. Le tirage de l’Écho est suffisamment faible pour qu’elle ait le temps de terminer sa distribution avant les cours, mais assez important pour qu’Ashvin ait décidé d’embaucher quelqu’un pour remplacer le gamin qui a déménagé. Ashvin est le marchand de journaux, et sa boutique est le seul lien d’Isabel avec le monde réel, le lycée ne compte pas. Bien plus qu’une pile de devoirs, ce sont les réveils matinaux et les traces d’encre sur ses doigts qui l’aident à se convaincre qu’elle s’en est tirée. Parfois, elle oublie presque qu’elle a entendu parler de ce boulot alors qu’elle était roulée en boule dans l’allée derrière la boutique, tremblant de tous ses membres à cause d’un flash-back. Et les choses continuent ainsi pendant deux semaines et demie. Deux semaines et demie de normalité mêlée de paranoïa, jusqu’à ce qu’un soir survienne ce qu’il devait arriver. Elle est réveillée par le bruit de ses verrous bon marché qui cèdent ; à la vue de la chaise qui glisse sur le sol lorsque l’intrus pousse la porte, elle tend la main vers son couteau. Quelqu’un est entré dans son appartement. »

J’espère vous avoir donné envie d’y jeter un œil et je vous dis à la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes…

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