Premières lignes (18)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « La Cartomancienne », tome 1 de la série « Les Arcanes de Brumes », écrit par Fanny Caldin et édité chez Collection R !

Les Arcanes de Brumes, tome 1 : La Cartomancienne

« Une silhouette décharnée fendait la foule amassée sur les quais, laissant dans son sillage des cris outrés et des chapeaux de travers. Lorsque les badauds bousculés se retournaient, ravalant leurs insultes, ils n’apercevaient déjà plus que des loques rouge sombre et des jambes squelettiques qui détalaient à toute vitesse. La fuyarde, les bras tendus devant elle, dangereusement penchée, cognait de plein fouet tout ce qui se mettait en travers de sa route. Tel un cheval lancé au galop, elle portait des œillères de terreur et ne vit pas le maraîcher avancer son étal à roulettes, sur sa droite. Dans un fracas assourdissant, la grosse brouette se renversa et la vieille passa par-dessus, au milieu d’une grande envolée de légumes, qui n’amortirent en rien la violence de sa chute. L’odeur amère des endives sous sa tête envahit ses narines et lui donna la nausée. Elle jeta un coup d’œil au marchand et se rendit compte qu’il criait, sa bouche grande ouverte tordait son visage, il était rouge de colère et agitait ses bras en tous sens. Pourtant, aucun son ne parvenait à ses oreilles bourdonnantes. Elle se remit difficilement debout, sentant comme des coups de poignard dans ses chevilles, ses genoux, ses coudes, ses hanches…Et sans prendre la peine d’épousseter ses guenilles, elle reprit sa course. Chaque pas qui résonnait sur les pavés faisait irradier la douleur dans son corps. Ses poumons la brûlaient si fort qu’elle avait l’impression d’inhaler un volcan en éruption et seul un mince filet d’air passait encore entre ses lèvres asséchées. Pourtant, avec le peu d’énergie qui lui restait, la mendiante courait. Et elle ne pouvait s’empêcher de tourner cette rengaine dans sa tête, pourquoi pourquoi pourquoi ? Elle ne comprenait pas pourquoi les augures ne l’avaient pas prévenue du danger. Elle aurait dû savoir. Elle aurait dû le voir et pouvoir l’éviter, comme les autres fois. À moins que…À bout de forces, elle trébucha sur un pavé qui dépassait de la chaussée et faillit s’effondrer, ses muscles atrophiés incapables de la porter plus loin. Ses ongles raclèrent le mur dans un dernier instinct pour rester debout. Les gouttes de transpiration qui ruisselaient sur son front l’aveuglaient et lui cachèrent l’ombre qui bondit devant elle pour la rattraper. Aussi, lorsqu’elle sentit qu’on l’agrippait, commença-t-elle à se débattre tout en poussant des râles effrayants. »

J’espère vous avoir donné envie d’y jeter un œil et je vous dis à la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes…

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