Premières lignes (12)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Jade Fire Gold », écrit par June CL Tan et édité chez Bigbang !

Jade Fire Gold

« Alors qu’ils s’élançaient pour fuir le palais, le garçon agrippa fermement la main de sa sœur, craignant de la perdre à jamais s’il la lâchait. Ils n’étaient plus en sécurité chez eux, pas avec leur père mort, et la trahison empestant l’air. Dans la nuit, ils suivirent leur mère à travers les rues de Beishou, en direction de la frontière occidentale, espérant trouver refuge au dernier endroit où quiconque penserait les chercher. Dans le désert. Ce n’était pas la place d’une famille royale, mais l’impératrice Odgerel priait ses dieux que ce labyrinthe de sable mouvant puisse les garder cachés. Ils suivirent les sentiers nomades, et dormirent dans un lieu différent chaque nuit. Parfois dans des tentes, parfois sous une couverture d’étoiles. Ils changèrent de nom, d’apparence, de façon de parler. Mais les soldats finirent par venir. Et avec eux, un homme drapé d’un voile de fumée noire et de fureur incandescente. L’homme qui n’aurait de cesse que la famille royale fût morte. Contre toute attente, le garçon survécut. Une caravane de nomades qui passait le trouva quelques jours après une énorme tempête de sable. Sans mère. Ni sœur. Déshydraté et fiévreux, il vacillait au bord de la mort. Les ongles complètement arrachés, les doigts croûtés de sang séché. Les nomades ne posèrent aucune question à cet étrange garçon. Le garçon qui haïssait le désert de tout son être, et se voyait pourtant contraint de rester sous sa protection. Le garçon si brisé de l’intérieur que l’on pensait qu’il ne sourirait peut-être plus jamais, que ses yeux ne verraient plus jamais la lumière. Le garçon qui ne pouvait ou qui refusait de parler. Et lorsque enfin il le fit d’une voix rocailleuse, il ne prononça qu’un mot. Encore et encore. Un prénom qu’il allait répéter dans son sommeil. Parfois en murmurant, souvent en hurlant. Sarangerel. Le prénom de sa sœur jumelle adorée. La sœur qu’il n’était pas parvenu à protéger. Il fit peur aux nomades les premiers jours, mais ils le maintinrent en vie. Ils guérirent ses blessures, le nourrirent, et lui enseignèrent leur langue et leurs mœurs. Malgré leur gentillesse, le garçon pensait que son destin serait d’errer pour toujours dans les sables, perdu dans ses cauchemars. Mais les dieux retors avaient d’autres plans. Un jour, quelqu’un vint le chercher. Un fidèle de l’empereur défunt. Il conduisit le garçon hors du désert et à travers les eaux, pour l’amener jusqu’à de lointaines contrées dans les colonies plus chaudes du Sud. Lentement, ce garçon déchiré commença à se reconstituer, même si les coutures ne s’aligneraient jamais parfaitement. Une faim insondable grandit en lui. Profonde et amère, elle ne serait pas assouvie avant que les torts soient redressés. On dit que les dieux mettent un homme à l’épreuve pour une raison ; qu’ils ne l’accableraient jamais d’un fardeau qu’il ne pourrait supporter. Mais le garçon avait un point de vue différent. Les dieux étaient cruels, et les hommes n’étaient guère plus que des marionnettes dans une grande pièce de théâtre, mise en scène pour divertir des immortels qui s’ennuyaient. Il se jura de leur arracher son destin des mains. Alors, il patienta, attendant un signe. Un jour à l’aube, un appel inhabituel fut entendu dans les montagnes brumeuses de Wudin, et des villageois affirmèrent avoir vu l’insaisissable fenghuang tournoyer autour de leurs sommets accidentés. C’était une renaissance, on n’avait pas vu le Phénix depuis plus d’un siècle. Quelque chose se réveillait, et le garçon était prêt. »

J’espère vous avoir donné envie d’y jeter un œil et je vous dis à la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes…

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