Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…
Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « La Seconde Mort de Locke », écrit par V.L Bovalino et édité chez De Saxus !

« Il pleuvait encore sur Mecketer. Grey traversait le camp à grands pas vers le poste de commandement. Pour la première fois depuis des jours, elle avait trouvé l’occasion de se laver, et elle avait presque fini quand Kier lui avait lancé un filin. Ils étaient si souvent ensemble qu’il évitait la plupart du temps de la déranger sur son temps libre. Qu’il se résolve à le faire ne pouvait donc signifier qu’une chose, il avait besoin d’elle pour une affaire urgente. Il faisait trop froid, et Grey avait encore les cheveux mouillés, rassemblés en un chignon lâche qui gouttait sur sa cape. Mais si Kier était convoqué quelque part…Elle devait s’y rendre aussi. Ils devaient toujours rester ensemble, et prenaient cela très au sérieux. Traverser le camp détrempé donnait à Grey l’impression d’un affrontement continu contre un ennemi invisible, comme si le sang de ceux qu’ils avaient combattus et de ceux qu’ils avaient perdus tentait d’aspirer ses bottes pour les offrir aux ossements des morts. Mais son inconfort venait aussi des battements précipités de son cœur, de sa gorge nouée. Elle n’était pas anxieuse, pas vraiment, mais le statut qu’elle partageait avec Kier impliquait une sorte de codépendance assez malsaine, sur laquelle elle ne s’autorisait à méditer que très tard dans la nuit, quand elle était certaine qu’il dormait. Elle ne savait pas si le capitaine subissait ces mêmes réactions, lorsqu’il se trouvait loin d’elle. Elle ne lui avait jamais posé la question. Grey se glissa à l’intérieur de la tente ou plutôt de l’une des tentes qui constituaient le poste de commande, une collection d’abris miteux reliés entre eux par d’improbables tunnels de tissu. Sans doute avaient-ils autrefois eu la couleur naturelle de la toile, mais la fumée des feux de camp les avait fait virer au gris sale, et ils étaient maculés de boue. Elle détestait les tentes, qui sentaient l’humidité et le moisi, inévitable, au vu de la pluie qui s’infiltrait partout et lui donnaient toujours des démangeaisons. À l’occasion d’autres missions, ils avaient été postés dans l’une des nombreuses forteresses anciennes de Scaela, à la lueur des bougies, derrière d’épais murs de pierre, sur un sol de dalles. Mais le camp de Mecketer n’offrait rien de tel. Il ne se trouvait même pas en marge d’une ville, c’était une entité indépendante. Même s’il chevauchait la frontière entre Luthar et Scaela presque depuis le début de la guerre, il avait été brûlé ou déplacé trop de fois pour qu’on y trouve quoi que ce soit de permanent. On le maintenait pour une bonne raison, toujours la même, défendre la route commerciale depuis la mer qui séparait Scaela de l’un des vieux ports de Luthar, et qui ne cessait de changer de mains entre les deux nations. Grey aurait tout donné pour réintégrer l’une de ces forteresses, avec un toit sur la tête et de la pierre sous les pieds. Elle aurait tout donné pour des bottes sèches et une cape plus chaude. »
À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !