Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…
Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Vermelho », écrit par Marina M.L et édité chez Plumes du Web !

« L’humidité règne en maître à l’intérieur de ce petit espace qui n’appartient qu’à moi depuis plusieurs semaines maintenant. Dans ce silence pesant, je compte chacune des gouttes qui s’écoulent du plafond recouvert de moisissures. Toutes les soixante-six gouttes, elle revient. Cette douleur. La suivante est proche, je pressens déjà la violence avec laquelle elle va me happer. Comme celles qui l’ont précédée, elle se propagera rapidement et irradiera jusque dans mes lombaires. Je la crains, je voudrais l’éviter, pourtant je sais que cette souffrance est inévitable, et surtout nécessaire. Alors, j’expire tout l’air que contiennent mes poumons et me concentre sur chaque inspiration qui les gonfle de nouveau. Il est primordial que je reste silencieuse, feindre que rien ne diffère des derniers jours, ou bien ils me le prendront. Ils me l’arracheront sans une once de compassion. Lorsque la douleur s’éveille encore, je me ressaisis et oblige mon corps à fournir un ultime effort. À quatre pattes sur le sol, je mords la peau de mon avant-bras pour étouffer mon cri. Je serre si fort que le goût du fer vient rapidement se faufiler sur ma langue. La larme qui roule sur ma joue s’écrase juste à côté de mes doigts crispés sur ce béton froid. L’odeur de l’hémoglobine se loge dans mes narines, à l’instant même où un liquide chaud s’écoule le long de mes cuisses. Je mords toujours plus fort pour contenir le hurlement qui voudrait fuir mes lèvres. Ma souffrance est à son paroxysme, ma peau se déchire, mon corps s’ouvre et la vie s’en échappe. Toujours en silence alors que je meurs de l’intérieur, meurtrie, vidée, épuisée. Un sanglot me secoue lorsque je remarque que la mare de sang dans laquelle trempent mes genoux écorchés s’étend tout autour de moi. Est-ce le mien ou le sien ? J’ai à peine le temps de m’y attarder que je me redresse pour la récupérer entre mes mains souillées. La vie. Le soulagement me gagne. Elle est la récompense de tous mes efforts, l’unique raison qui mérite la souffrance que je viens d’endurer. Je tiens dans mes bras ce petit être frêle, et quand mes yeux se posent sur elle, mon corps entier fait abstraction de sa douleur, tandis que mon cœur, lui, se remplit d’espoir, et par-dessus tout, d’un amour incommensurable. La réalité me rattrape quand l’inquiétude me gagne. Elle est silencieuse, plus qu’elle ne le devrait, et sa peau prend une teinte de bleu qui me prouve que quelque chose ne tourne pas rond. L’instinct dicte mes gestes et je crochète le cordon qui entoure son cou pour dégager ses voies respiratoires. C’est à ce moment précis que j’entends son cri pour la toute première fois. Un shot de bonheur qui emplit l’entièreté de mon âme. Elle est si belle, si innocente, et si fragile. La vie. Quelques secondes. Voilà ce que l’on m’accorde pour profiter d’elle, quelques infimes secondes avant que la porte ne s’ouvre avec fracas. Un homme entre dans la cellule et une paire de mains puissantes m’arrache mon enfant des bras. Sans aucune hésitation, il tranche d’un geste net ce lien qui nous liait, elle et moi, durant ces neuf mois. Je hurle, je me débats. L’adrénaline m’aide à trouver la force de me relever pour la récupérer. Mon bébé. Mais mon effort est vain puisque les chaînes qui entravent mes chevilles m’empêchent d’aller plus loin. Je glisse et m’affale avec brutalité par terre, à même le sang qui peint le sol de la cellule. C’est le bruit de ses talons claquant contre le béton qui me fait redresser la tête, effrayée. Elle arrive. Et avec elle, la panique. »
À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !
Je ne suis pas sûre d’avoir envie de lire ce roman. Il est poignant dès le départ et la suite ne promet pas un côté sunshine … enfin pas de suite ça c’est sûr 😅. Mais la plume est pas mal c’est un fait. Merci pour cette découverte.
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