Premières lignes (143)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « My Bloody Princes », tome 1 de la série « Hellstone Academy », écrit par Anna Triss et édité chez Bmr !

« Depuis mon arrivée, un mauvais pressentiment s’est greffé au fond de mes tripes. Il s’alourdit à mesure de mes pas, semblable à un poids en acier glacé. La villa Miller est particulièrement silencieuse, ce matin. Un silence digne d’un cimetière règne à l’intérieur. Mes doigts se resserrent sur la crosse de mon arme à feu à en faire blanchir mes jointures. Ma paume est moite, de même que mon front. Une goutte de sueur longe ma tempe jusqu’à chatouiller le bas de ma mâchoire. La perle cristalline pend, épée de Damoclès miniature, avant de se détacher de ma peau émaillée de chair de poule. Telle une fausse larme qui échoue quelque part dans mon cou exposé. Mon père m’a offert ce revolver à mes quinze ans. Je n’ai jamais eu à m’en servir en dehors de l’entraînement. Vu le milieu redoutable dans lequel je baigne depuis ma naissance, ce n’est qu’une question de temps avant que je presse la détente, ma cible en ligne de mire. Je déglutis péniblement. Ce jour est peut-être arrivé. Mais aurai-je le cran de tirer au moment fatidique ? Adam marmonnait cette litanie en lavant ses mains maculées de sang dans l’évier. La nuit de son premier meurtre, je ne lui ai posé aucune question. Les lèvres scellées, je lui ai tendu un torchon pour qu’il s’essuie. Nous avons échangé un long regard qui valait mille mots, puis il m’a effleuré le bras avant de se fondre parmi les ombres. Il a dormi toute la nuit et toute la journée. Il a agi comme si de rien n’était, mais j’ai senti, au fond de moi, que quelque chose avait profondément changé en lui. Mourir ou survivre, nous nous retrouvons tous confrontés à ce choix tôt ou tard dans cette grande jungle urbaine où les carnivores imposent la loi du plus fort. Mon souffle court s’accorde à mon cœur qui bat à tout rompre, ainsi qu’aux sueurs froides qui trempent mon dos. L’atmosphère n’a jamais été si anxiogène. Quelque chose cloche, je le sais viscéralement. Toutes mes fibres me le hurlent. Mais aussi…L’alarme et les caméras, désactivées. J’ai encore essayé d’appeler mon frère quand j’ai franchi le seuil. Il n’a pas décroché. Je n’ai pas tenté de joindre Damian. J’aurais peut-être dû surmonter mon aversion envers lui. Toujours est-il que j’ai dégainé mon arme à feu et pénétré dans la maison d’un pas prudent, en rasant les murs, l’œil alerte et la prise ferme comme on me l’a enseigné.Je n’étais pas à la maison cette nuit. J’ai dormi chez une amie de notre mère, que je vois de temps en temps. Ce matin, dès mon réveil, j’ai voulu contacter Adam. Une fois. Répondeur. Deux fois. Répondeur. Trois fois. Répondeur. Les minutes m’ont paru être des heures. La demi-heure qui a suivi, pareille à une décennie. Ne pas décrocher ni me rappeler ne lui ressemble pas. Accrochée à mon revolver comme si ma vie en dépendait, j’explore le salon, le séjour et la cuisine sans détecter de signes suspects. Je jette un coup d’œil à l’escalier, même si mes pieds me conduisent dans une autre direction. Mon instinct me souffle que mon jumeau n’est pas là-haut. Comme par le passé, je sens que je me rapproche de lui. Au fil de mon avancée graduelle, un souvenir d’enfance perce le brouillard chaotique de mes pensées, gangrénées par une angoisse sourde. Cette impression de déjà-vu…Âgée de huit printemps, je transpirais l’insouciance, contrairement à aujourd’hui, où je transpire littéralement l’inquiétude. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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