Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…
Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « L’Aurore et la Ronce », écrit par Georgia Leighton et édité chez De Saxus !

« Les murs du château vibraient de magie. Les limiers du roi avaient couru se cacher en gémissant dans leur chenil, aux cuisines, le lait avait tourné. Les mouettes qui nichaient dans les tourelles s’élançaient dans les airs pour virevolter dans les bourrasques soudaines, tandis que les fleurs se fanaient et mouraient dans les jardins. La magie s’étendait jusqu’aux rivages de la petite île, où roulaient les vagues en léchant les rochers ; la mer elle-même se retirait devant sa pulsation sourde. Les serviteurs du château jetaient de brefs regards à leurs invités, venus de si loin, en priant pour que tout s’achève au plus vite, pour le bien de la reine, bien sûr, mais surtout pour le leur. L’été touchait à sa fin, et le roi aurait déjà dû prendre ses quartiers dans son pavillon de chasse au nord, mais il avait retardé le départ de sa maisonnée afin que son enfant puisse naître sur l’Île-Mont. D’abord, les domestiques s’étaient sentis honorés de pouvoir accueillir son premier-né tant attendu, mais c’était sans compter sur les étranges invités de la reine, arrivés d’un pays lointain pour bénir l’héritier. Personne n’avait anticipé autant de magie. Les pêcheurs qui vivaient dans les maisonnettes de pierre accrochées aux falaises du continent ne voyaient pas ce genre de choses d’un bon œil. Un vrai Bavaughien n’aurait pas dû nécessiter tant de cérémonial. La mère du roi, puisse-t-elle reposer auprès du Grand Créateur, s’était laissé surprendre par la naissance prématurée de son fils, elle avait accouché sans faire de manières, aidée par sa femme de chambre, dans ses appartements de l’Île-Mont. Le lendemain, les trompes avaient résonné sur les remparts, et le roi avait fièrement paradé dans les rues du petit village de Guil, le prince nouveau-né dans les bras. Voilà tout. Cela n’aurait pas été si grave si les choses n’avaient pas autant traîné en longueur. La reine était confinée dans ses quartiers depuis bientôt trois jours, alors que ses invités avaient commencé à arriver dès le moment où elle avait poussé un cri en se tenant le ventre sous l’effet de la première contraction. Son pays natal était au moins à une lune de voyage, et personne n’osait demander comment ses hôtes s’étaient débrouillés pour être si ponctuels. Avant même qu’on sache sur le continent que le travail avait commencé, des silhouettes encapuchonnées étaient apparues dans les rues de Guil, passant sans bruit sur les pavés pour s’engager sur la chaussée qui n’apparaissait qu’à marée basse et ainsi gagner l’île à pied, laissant dans leur sillage un frémissement de magie. Dans ses appartements, le roi faisait les cent pas. Lui aussi s’était enfermé depuis bientôt trois jours, en n’émergeant que contraint et forcé pour manger sans appétit. Le royaume de Bavaugh attendait un héritier depuis longtemps, et son souverain avait grande hâte d’annoncer la naissance de son premier enfant. Un fils, certainement ! Parfois, un cri semblait résonner dans les couloirs de pierre du château, mais quand il retenait son souffle pour tendre l’oreille, il n’entendait que le crépitement des bûches dans la cheminée. Les dents serrées, il reprenait ses déambulations, en s’abîmant dans la prière pour tromper son attente. De l’autre côté du palais, dans la chambre de la reine, le feu rougeoyait et la lumière laiteuse de l’aube filtrait par les fenêtres sans que personne n’y prête attention. Tous les yeux étaient fixés sur la femme qui se débattait dans son lit à baldaquin. Les draps humides de sueur s’étaient entortillés autour de ses jambes et ses cheveux noirs lui collaient aux joues, détrempés. Elle gémissait et haletait tandis que les sages-femmes et ses dames de compagnie l’encourageaient à pousser. Tendues, préoccupées, elles l’assistaient depuis le début. Lorsqu’il devint clair que le bébé venait enfin, leur soulagement fut palpable. La reine tenta de secouer la tête. Elle était épuisée, brûlante de douleur, mais le problème était ailleurs. Comme elle aurait voulu appeler un de ses invités pour lui demander s’il ressentait la même chose qu’elle ! Mais elle avait entendu ses dames de compagnie échanger des murmures sur ces étranges présences encapuchonnées dans le château, et elle savait qu’une telle requête les perturberait. De toute façon, elle n’avait plus l’énergie de parler tant son corps était ravagé par la souffrance. Elle ne pouvait plus faire qu’une chose, pousser de toutes ses forces, en priant pour que ses inquiétudes s’avèrent infondées. La reine serra les poings et hurla. Quelques instants plus tard, ses compagnes laissèrent échapper un murmure fasciné, puis un vagissement déchira l’air. On apporta de nouveaux draps et serviettes, on baigna l’enfant, et on prépara la tenue de Bénédiction. Il y eut le bruit d’un messager qui détalait dans le couloir, le ruissellement de l’eau tiède sur le petit corps royal, et les murmures enthousiastes des femmes soulagées. La reine n’avait pas encore repris son souffle, toute tremblante après l’épreuve. Elle parvint sans savoir comment à acquiescer. Malgré son épuisement, elle refusait de s’accorder du repos. Son enfant tant attendu était venu au monde, et elle sentait à présent qu’ils étaient tous en grand danger. »
À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !
Je ne sais si cette ambiance étrange saura me ravir. Ses premières lignes m’intriguent mais me repoussent aussi.
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Je peux parfaitement comprendre 😉
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