Premières lignes (133)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Jusqu’au plus Profond des Astres », écrit par A.J Twice et édité chez Gulf Stream !

« Je connais votre secret. Souhaitez-vous l’entendre ? Cette vérité tapie au creux des ombres, nichée dans le pli soucieux de votre front, scellée entre les lignes des bouches affamées de confessions ? Plus lourde sur votre langue que mille mots avoués ? Vous me possédez, mais je ne vous appartiens pas. Je vous protège et vous expose tout à la fois. Plus discrète que le froissement d’ailes d’un papillon, je nais dans un silence partagé, un geste retenu, des paroles ravalées. Immuable, invisible, je me faufile dans les fourrés clandestins, serpentant dans l’obscurité épaisse des confidences. Depuis l’aube des temps, j’habite l’espace entre vos mensonges, je me loge derrière vos paupières abaissées. J’explore vos dessous et vos travers, j’erre dans les dédales de votre esprit, m’immisçant dans les interstices du réel, là où la matérialité se retire pour laisser place à l’infini. Puissante comme une tour en acier, fragile telle la brume déchiquetée d’un matin d’automne, je façonne vos destins et les dispose dans un coffre pour en occulter l’éclat. Dans mon jardin, interdit au jour, les fleurs nocturnes s’épanouissent là où vos yeux bandés par les ténèbres ne s’attardent jamais. Je suis sans nom, sans forme, sans temporalité, mais vous portez le poids de mon existence, aussi pesante que des pierres précieuses autour d’une nuque gracile. Sans le savoir, vous marchez sur mes pas, en abandonnant des bribes d’avenir suspendu, des morceaux de passé oublié, des énigmes sans réponse, des éclaboussures de déshonneur et des débris d’humiliation. Avec une terrible patience, j’attends, enfouie comme un trésor sous le sable. Mais souvent, vous fossoyez avec encore plus d’ardeur et m’enterrez sous des couches de poussière. Vous jouez avec le Temps, maintenez captives des milliers d’histoires. Pourtant, ce qui est caché réveille l’imagination, attise la curiosité, déclenche le brouhaha du monde et de l’au-delà. Rompons ce pacte muet, ancestral. Au creux de ma paume, je recueille vos fragments de vies et de morts. Les débris de la mémoire céleste. Avec amour et souffrance, je les emmaillote dans un voile de silence absolu. Vous, hommes de Science et de Magie, héritiers de demain, jusqu’où iriez-vous pour la conscience ultime ? Jalousement, je la garde. Et pour vous éviter l’Annihilation, je m’efface de votre réalité. Entre mes mains, je détiens le trousseau doré de l’Univers et toutes ses clés, Savoir, Connaissance, Création, Dissolution. Si l’opportunité s’offrait à vous, oseriez-vous ouvrir toutes ces portes ? Les franchir ? Sur ces seuils de l’omniscience vivent et meurent les étoiles. Avec leur divine lumière, flamme vacillante dans le rien cosmique, je tisse des constellations secrètes, esquisse des cartes célestes lisibles par les seuls cœurs attentifs. Vous autres, prenez garde, les portes claquent, coinçant les doigts avides de sagesse, d’expérience, d’érudition. Ce que vous refusez de dire, d’entendre ou de voir demeure en moi, hors d’atteinte. Toutefois, ce que vous profanez, je le murmure à l’oreille du Néant pour qu’il vous traque. Alors, pauvres âmes dénoncées, préparez-vous à fuir dans le labyrinthe de la fin. De ses doigts doux et cruels, il cueillera vos fleurs les plus rares, celles qui éclosent sous la rosée évanescente des matins cauchemardesques. Puis il vous dépouillera de tous vos masques. Jusqu’à écorcher votre peau à vif. N’oubliez pas, le silence ne s’offre pas. Il s’achète, relique interdite, dissimulée là où nul ne pourra l’atteindre. Inaccessible, sauf par les mystères d’un autre monde. Un monde où rien ne subsistait, hormis l’haleine glacée du vide. Et peut-être qu’un jour, dans un instant de faiblesse ou de grâce, l’un de ces mystères se laissera entrevoir. Telle une étoile filante dans la nuit, rapide, éphémère, mais capable de changer le cours d’une vie…Ou même plusieurs. Laissez-moi porter ce qui vous ronge, ce qui scintille dans l’obscurité de vos pensées. Car tant qu’il y aura des secrets à préserver, je resterai, immuable et intemporelle, dans l’ombre de vos vérités cachées. Sortez-moi de l’invisible, ôtez mon voile d’or…En retour, je vous fais la promesse de votre Éternité. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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