Premières lignes (109)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Le Tableau du Hampshire », écrit par Amira Benbetka Rekal et édité chez Château d’Âmes !

« Son père la suivit tant bien que mal à travers la salle et décida de se laisser emporter par la curiosité débordante de sa fille. Après tout, le Louvre ne se résumait pas à un seul et unique tableau. Ils s’approchèrent de l’endroit mal éclairé de la pièce. Aucun visiteur ne se trouvait près de l’œuvre. C’était à penser que nul ne connaissait son existence. Pourtant, à plusieurs mètres de là, et malgré la foule, Yasmine l’avait repéré. Parmi tous, c’était vers lui que son cœur avait le plus envie d’aller, même s’il n’était pas bien grand. Lorsqu’ils se retrouvèrent face à lui, Yasmine sentit quelque chose d’étrange lui parcourir l’échine. Un frisson qu’elle n’avait encore jamais ressenti s’empara d’elle. Une odeur d’herbe fraîchement imbibée de rosée du matin, le bruit d’oiseaux entonnant leur dernier chant de la journée et…Un parfum de jasmin. De curieuses images défilèrent dans son esprit. Elle voyait une jeune femme vêtue d’une robe de bal, puis la seconde d’après, elle déambulait dans un champ verdoyant s’étendant à perte de vue…Ces scènes pourtant inconnues s’entremêlaient dans ses pensées, lui faisant tourner la tête. Elle laissa tomber sa poupée sur le sol et admira l’œuvre qui se trouvait sous ses yeux. Elle n’arrivait pas à décrire le phénomène qu’elle était en train de vivre. Tout ce qu’elle savait, c’était que jamais elle n’avait été aussi émue et touchée par quoi que ce soit. Elle lâcha involontairement un cri d’exaltation et une larme dévala sa joue. Là, entre les touristes qui affluaient de part et d’autre des couloirs et malgré le brouhaha, elle avait l’impression d’être seule au monde. Seule avec ce tableau mal éclairé. Elle vivait un moment suspendu, hors du temps et de l’espace. Devant elle était représentée une scène romantique qui resterait à jamais gravée dans sa mémoire. Un homme assis à une table, un livre ouvert à la main. Il était brun, et ses cheveux laissaient apparaître des boucles aux reflets cuivrés. Ses yeux étaient d’un vert hypnotisant, comme s’ils pouvaient à eux seuls éclairer une salle obscure. Sa mâchoire saillante lui donnait au premier abord une expression dure. Mais plus Yasmine le contemplait, plus elle décelait une douceur qu’elle n’avait encore vue dans aucun autre portrait. Comme si cet homme, à travers le tableau, vivait. Il admirait amoureusement par la fenêtre une jeune femme, marchant de dos tout en cueillant des fleurs. Sa chevelure noir ébène était si finement peinte, si délicatement travaillée, qu’on y voyait les reflets du soleil. Sa robe était de couleur crème, parsemée de fleurs de lys roses. L’homme contemplait cette jeune femme avec une profondeur et un amour digne des plus beaux poèmes. La façon dont il posait les yeux sur elle trahissait l’inclination qu’il éprouvait. Il semblait perdu dans les méandres de ce sentiment qui débordait de lui. Nul n’aurait pu lui faire détacher les yeux de cette femme qui avait tout l’air d’avoir capturé son âme. Yasmine était encore trop jeune pour comprendre le sens du mot « amour », mais quelque chose venait indéniablement de changer en elle. Elle était bouleversée par cette œuvre où, malgré l’absence de sons, un personnage hurlait son adoration pour une femme pour qui il aurait conquis les territoires les plus reculés. Après tout, c’était peut-être cela, l’art dont lui parlait son père. Le pouvoir de crier au monde des choses sans avoir à les écrire ou à les dire. C’est ainsi que depuis ce jour, la vie de Yasmine fut à jamais bouleversée. Elle était loin, du haut de ses six ans, de se douter que ce tableau anonyme allait changer sa vie. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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