Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…
Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « La Traversée des Damnés », écrit par Frances White et édité chez De Saxus !

« Mon père dit toujours qu’on ne peut pas fuir ses responsabilités. Mais il manque d’imagination. Et puis, je ne fuis pas mes responsabilités, je les esquive. Je change de trottoir pour que mon regard ne croise pas celui de mes responsabilités, et qu’on ne soit pas forcés d’avoir une discussion dont on sait tous les deux qu’elle ne nous mènera nulle part. En revanche, les jumeaux à côté du stand de pommes d’amour méritent bien que mon attention s’attarde sur eux. Je lance un clin d’œil au garçon qui me décoche un sourire d’une timidité à vous serrer le cœur. Enfers bénis, il a des fleurs dans les cheveux. Sa sœur a l’air de vouloir me flanquer une raclée. Quand je tends deux doigts vers elle, mimant un flingue, elle agrippe son hot-dog si fort que les saucisses jaillissent du pain. Résiste, Dee. Sois fort. Tu n’as pas besoin de cette tentatrice armée d’un hot-dog ni de son frère doux comme un pétale. Pas ce soir. Tu es venu ici afin de poursuivre un dessein supérieur. Et ce dessein est partout. Il traîne sous mes pieds, dans les animaux tracés à la craie qui dansent sur les pavés. Il flotte au-dessus de ma tête, dans les vagues de cerfs-volants en papier rouge qui s’élèvent vers le ciel nocturne. Quand un homme me bouscule en renversant son verre, il coule même sur ma chemise et un peu dans ma bouche. Le Festival de la Bénédiction. Les douze jours de réjouissances qui marquent la fin d’une ère et le commencement d’une autre. Douze jours pour les douze provinces de l’Empire de Concordia. Douze jours pour célébrer les nombreuses choses qui nous séparent, et les quelques-unes qui nous rapprochent. L’occasion parfaite de progresser vers un objectif très simple, consommer tous les types de nourritures qui existent à Concordia avant de succomber à un arrêt cardiaque. Des marchands originaires de tout l’empire sont venus dans la Province du Dragon pour vendre tout ce qui peut s’exporter. Des masques dorés incrustés de joyaux de la Province de l’Araignée côtoient les fleurs lumineuses cueillies dans la Province du Corbeau. Des costumes de la Province de la Sauterelle agitent leurs ailes près des petits moulins de la Province du Poisson. Les stands s’alignent dans les rues telle une parade issue du rêve d’un drogué. Bien entendu, le festival a lieu dans la Province du Dragon, joyau de la couronne de Concordia et siège du pouvoir de l’empereur Eugenios. La capitale est un paradis des possibles, un hybride de toutes ses provinces. Ici, le sang des douze est si métissé que les citoyens du Dragon ou Dragons, pour faire plus court, n’affichent plus la chevelure traditionnellement verte de leur province. Ils ont la peau d’un brun rougeâtre, et les cheveux d’un brun-gris qui mêle toutes les teintes existantes. Le grand melting-pot de l’empire. Les Dragons vivent dans ce monde pareil à un songe où l’unité n’est pas seulement un mot tiré des légendes, mais une réalité. Ils sont franchement naïfs. Aujourd’hui, l’agitation trépidante de la capitale est un atout pour moi. Elle me permet de m’éclipser discrètement. Foncer dans une ruelle étroite, me jeter dans les bras grands ouverts de la ville et disparaître à jamais. Ces satanées responsabilités sont sur ma piste. Elles ont pris la forme de gardes de la Province du Dragon en uniforme vert menthe qui se faufilent à travers la foule, balayant du regard des milliers de têtes en quête de celle dont la place n’est pas ici. La mienne. Il suffit que je les évite un peu plus longtemps, que je me fonde dans la foule pour m’enfiler de la nourriture pendant deux heures encore. Après ça, ils pourront me ramener de force s’ils y tiennent vraiment. Mais il sera trop tard. Le navire aura déjà quitté le port. Très littéralement. Je me planque derrière un stand. Ils sont faciles à repérer. Le vert est la couleur de la Déesse, que seuls peuvent arborer l’empereur et ses représentants. »
À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !
Ce roman étant dans ma wishlist, je te remercie de ces premières lignes 🙂
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Avec grand plaisir, à ton service 😉
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