Premières lignes (102)

Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…


Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Au-delà des Nuages », écrit par Jenny Colgan et édité chez Charleston !

« Nous avions posé l’avion, je le savais. Mais était-ce vraiment un réconfort ? Les passagers ne s’étaient rendu compte de rien. Cela ne s’était pas passé comme vous l’imaginez. Personne n’avait eu de haut-le-cœur quand nous nous étions subitement élevés dans les airs, personne n’avait crié. Enfin, pas dans notre appareil. Aucun chariot n’avait dévalé le couloir à toute allure. Nous avions tué deux personnes, mais les passagers avaient à peine relevé le nez de leur téléphone. C’était une journée on ne peut plus normale, un vol banal à destination d’Alicante. L’avion était rempli de joyeux vacanciers, des groupes de filles ou de garçons qui partaient fêter des enterrements de vie de célibataires et buvaient des pintes depuis 6 heures du matin au bar de l’aéroport, des parents avec des enfants trépignant d’aller à la plage et furieux de devoir passer quatre heures attachés dans un petit siège, des jeunes mariés en voyage de noces, qui riaient et commandaient du prosecco au personnel de bord souriant. Normal. Totalement, complètement, normal. J’étais assise dans le siège de droite, celui du copilote, et je m’attendais à une journée de travail ordinaire. Bob Brechin était notre commandant de bord. Un bon pilote, fiable. Le ciel était dégagé jusqu’à destination. Rien d’inhabituel. Nous ne les avions même pas entendus crier quand leur petit avion s’était mis à vriller, puis à tomber, tomber…Vrombissement du moteur. Un mois de débriefing pour un incident de catégorie deux semblait raisonnable. Et tout se passait bien. J’avais effectué quatre séances d’entraînement sur simulateur depuis, toutes parfaites, et subi un nouvel examen médical, sans problème. Je n’allais pas être une victime, hors de question. J’allais retourner dans les airs, avec calme et professionnalisme, et faire mon travail. CLIMB ! CLIMB ! J’affichai un air vaillant. L’employé des RH sourit. Je lui adressai un sourire que j’espérais encourageant, mais je voyais le blanc des yeux du pilote du minuscule Osprey qui était sorti d’un nuage pour se retrouver dans l’ombre immense, menaçante, de notre A320. Chaque fois que je fermais les paupières. Un avion-pulvérisateur, avions-nous appris plus tard. Un jeune agriculteur. Luis. Qui voulait épater sa petite amie. Nous étions montés. Ils avaient plongé. Nous avions ralenti pour prendre de l’altitude. Ce n’était pas si impressionnant, de notre point de vue. Du leur, je n’ose l’imaginer. Ils avaient paniqué, vrillé. Luis et sa petite amie. Elle s’appelait Serenata. Un si joli prénom. Dieu merci, ils étaient tombés dans un champ, près de Yecla. Je n’avais pas commis d’erreur. J’avais gardé mon sang-froid. Bob aussi. C’était du bon travail d’équipe. Nous avions échangé un regard. Une fois notre trajectoire stabilisée, nous étions restés assis, retenant notre souffle, attendant qu’on nous confirme l’effroyable nouvelle, que nous redoutions depuis que le petit appareil était sorti de notre champ de vision en vrillant. Par plaisanterie, on dit qu’aujourd’hui les pilotes, dans leurs avions sûrs et informatisés, sont payés pour travailler deux minutes par an. Cependant, il y a une part de vérité là-dedans, et nos deux minutes venaient de passer. »

À la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes !

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