Dans ce rendez-vous hebdomadaire, organisé par Ma Lecturothèque, je vous ferai part des premières lignes de romans qui me font considérablement envie…
Pour cette semaine, j’ai décidé de vous présenter les premières lignes du roman « Kyland », écrit par Mia Sheridan et édité chez Hugo !

« La première fois que j’ai vraiment remarqué Kyland Barrett, c’est lorsque je l’ai vu rafler en douce un reste de petit déjeuner sur l’une des tables de la cafète. D’instinct, j’avais regardé ailleurs afin d’épargner sa fierté. Mais comme il venait dans ma direction pour sortir du réfectoire, je l’avais vu fourrer la petite portion de nourriture dans sa bouche. Nos regards s’étaient croisés, une lueur de panique avait traversé le sien et, à nouveau, j’avais détourné la tête, les joues cuisantes, comme si je l’avais surpris dans un moment d’intimité. Or c’était le cas. J’étais bien placée pour le savoir. Il m’était déjà arrivé de faire comme lui. La honte, je connaissais. Ainsi que le douloureux creux à l’estomac du lundi matin, quand tu as passé tout le week-end à avoir faim. De toute évidence, Kyland le connaissait aussi. Bien sûr, ce n’était pas la première fois que je le voyais. J’étais même prête à parier que toutes les filles avaient laissé leur regard s’attarder sur cet élève grand et bien bâti, aux traits saisissants de beauté. Mais c’était la première fois que je le voyais vraiment, la première fois que j’éprouvais un élan de sympathie pour ce garçon qui promenait toujours une expression de nonchalance, comme s’il se fichait du tiers comme du quart. Les hommes qui se foutaient de tout, je les connaissais bien. C’était des nids à problèmes dont je préférais me tenir éloignée. Mais je devais être la seule fille du lycée à fuir les problèmes, car si Kyland avait de la compagnie, c’était toujours de la compagnie féminine. Notre lycée était un grand établissement qui accueillait les élèves de trois villes. En trois ans et demi, je n’avais eu que quelques cours communs avec Kyland et, à chaque fois, il s’asseyait au fond de la classe et ne disait pas trois mots. Moi, je me mettais toujours devant afin d’y voir au tableau, je devais être myope, mais je n’avais pas les moyens d’aller chez l’ophtalmo et encore moins de porter des lunettes. Je savais que Kyland avait de bonnes notes. Je savais qu’il devait être intelligent sous ses dehors je-m’en-foutistes. Mais après cet épisode, à la cafète, je n’ai plus pu m’empêcher de le voir sous un autre jour et mes yeux semblaient systématiquement repérer sa silhouette. Dans les couloirs encombrés d’une foule d’ados se déplaçant à pas lents vers les salles de classe, tel du bétail conduit vers une herbe plus verte. Mais aussi à la cafète, et sur notre route de montagne, en train de marcher loin devant moi. Quand mon regard se posait sur lui, il avait toujours les mains enfoncées dans les poches, et s’il était dehors, il avançait, la tête rentrée dans les épaules, pour se protéger du vent. J’aimais sa façon de bouger et j’aimais l’observer à son insu. Ce garçon avait éveillé ma curiosité. Et l’expression de son visage m’apparaissait en définitive plus méfiante qu’indifférente ou lointaine. Je ne savais pas grand-chose sur Kyland. Il habitait sur les premières hauteurs de la montagne, comme moi. Et de toute évidence, il n’avait pas de quoi se nourrir correctement, mais les gens qui ne mangeaient pas à leur faim, ça ne manquait pas dans les parages. Niché dans un écrin de vertes collines onduleuses, Dennville, Kentucky, est un coin des Appalaches qui, malgré ses paysages de montagne à couper le souffle et ses pittoresques ponts couverts, n’a rien à envier aux quartiers déshérités des zones urbaines. Une petite localité où l’absence d’espoir est aussi commune que les chênes blancs et où le chômage est la règle plus que l’exception. Ma sœur aînée, Marlo, prétend qu’après avoir créé les Appalaches, Dieu a pris ses jambes à son cou et n’est plus jamais revenu. Mon petit doigt, lui, me dit que la plupart du temps, ce sont les hommes qui déçoivent Dieu et non l’inverse. Mais que savais-je de Dieu, moi ? Je n’allais même pas à l’église. Ce dont j’étais sûre, en revanche, c’est que dans un endroit comme Dennville, Kentucky, c’était Darwin qui avait vu juste, seuls les plus forts parviennent à survivre. »
J’espère vous avoir donné envie d’y jeter un œil et je vous dis à la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles premières lignes…
J’espère que le livre te plaira si tu te lances 🙂
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Je pense que oui, j’aime beaucoup l’auteure 😍
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Ce n’est pas particulièrement mon genre de lecture mais la couverture (ses couleurs sont si belles!) et les premières lignes me donnent bien envie ^^
Je t’en souhaite une très bonne future lecture !
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Ah, ça me fait tellement plaisir 😍 Oui, j’adore les couleurs de cette couverture également et je te conseille vivement cette plume, elle est incroyable !
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